Actes : La "découverte" des langues et des écritures d'Amérique

De Societatis Iesu Artibus grammaticis

Michel Dessaint

Université Paris-Sorbonne (Paris IV) — Inalco — URA 1026

Cet exposé, confessons-le, ressortirait davantage au De re coquinaria qu’au De re grammatica. Je voudrais en effet vous composer un menu de savoureux savoir, en prévision, sans nul doute, du banquet du Sixième Centenaire ! A vous, modernes Xanthus, je proposerai, non le meilleur et le pire, mais prenant prétexte de ce que la langue mâche les mots et les mets, un exposé apéritif, nous invitant à prendre place à votre table de travail avec pour commensaux le linguiste espagnol Lorenzo Hervás, les historiens du Livre et les grammairiens de la Compagnie de Jésus.

Histoire de la linguistique

Le premier de nos hôtes est le Père Jésuite Lorenzo Hervás y Panduro, né à Horcajo, près de Cuenca, en 1735 et mort à Rome en 1809. Il établit en 1784 son Catalogo delle lingue conosciute e notizia della loro affinità e diversità (vol. XVII de son encyclopédie Idea dell’Universo, Cesena, 1778-1787) ; il en donna, en six volumes, une version plus complète, bien qu’inachevée, publiée à Madrid, entre 1800 et 1805 : le Catálogo de las lenguas de las naciones conocidas, y numeración, división, y clases de estas según la diversidad de sus idiomas y dialectos.

Vous êtes en droit de vous étonner de voir convier à ce Colloque des “Découvertes” un auteur contemporain des Lumières, de la Révolution française et des débuts de l’Indépendance des Amériques. Mais il y a plusieurs raisons à invoquer.

Tout d’abord Hervás est le premier des linguistes américanistes qui ait un regard panoramique : le premier volume du Catálogo de Madrid (1800) est consacré à l’Amérique ; on y découvre pour la première fois l’ensemble des langues amérindiennes.

La observación de las lenguas hasta ahora conocidas, y de las naciones que dispersas por el orbe terráqueo las hablan, empiezo por América, que entre las quatro partes principales en que la geografia divide actualmente la superficie terrestre, es la mayor en extension, la menor en poblacion, y la mas modernamente conocida. Catálogo de las lenguas, vol. 1, tratado I, p. 107.

En second lieu Hervás est certainement le meilleur comparatiste de son époque :

-   par l’ampleur de la documentation qu’il avait réunie, c’est le linguiste le mieux informé de la situation linguistique de son temps (Tovar, 1986:13) et il est l’authentique précurseur de l’ouvrage d’Antoine Meillet, Les langues du Monde (Paris, 19241). Il n’est d’ailleurs précédé dans le genre que par Court de Gébelin (Monde primitif..., 1773-1782) ; ses Catalogues italien et espagnol (1784 et 1800-1805) encadrent l’ouvrage de Pallas et Miriewo (1787-89 et 1790-912). Les deux ouvrages de Hervás paraissent en outre huit ans avant et huit ans après le Troisième Centenaire, que certains événements révolutionnaires ont dû laisser dans l’ombre ! Hervás est enfin suivi par le Mithridates d’Adelung, Humboldt et Vater (1806-1817), auteurs qui lui sont redevables, quoi qu’ils en aient, de bien des informations qu’il leur avait fournies avec désintéressement.

-   par la publication de vocabulaires et de textes comparés : les volumes XX et XXI (1787) de Idea dell’Universo présentent, un lexique comparé de 150 langues et une Oraison dominicale en 300 langues. Ce dernier “polyglotton” sera en partie repris par Vater dans le Mithridates.

-   par la synthèse de la linguistique descriptive des XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles qu’il propose. En ce qui concerne l’Amérique, le comte de la Viñaza (Bibliografía..., 1892, notice 364) signale, entre autres ouvrages, un manuscrit (perdu ?) de Hervás ; ce dernier y fait lui-même allusion dans le Catalogue italien : Gramáticas abreviadas de las diez y ocho lenguas principales de América (1784). S’agirait-il des 18 langues décrites par les jésuites avant
1773 ? (cf. infra).

-   parce qu’il prépare le terrain de la linguistique comparée du XIXe siècle. Il reconnaît le premier plusieurs familles linguistiques : sémitique, malayo-polynésienne, finno-ougrienne. Pour ce qui a trait à cette dernière famille, la Demonstratio idioma Ungarorum et Lapponum idem esse (Trnava, 1770) de János Sajnovics l’a guidé. (Cat., vol. III, p. 226). Ce Père jésuite hongrois est sans doute le premier comparatiste moderne. Hervás a reconnu en Amérique les familles algonquine, huronne, aztèque, maya, arawak, tupi-guarani.

Il est dommage qu’on ne reconnaisse pas toujours son éminence ; Hervás, bien qu’il soit un homme de l’Ancien Régime, bien qu’il ne mette pas en doute le mythe de Babel, est le premier linguiste ès-qualités de l’Ere contemporaine. Wilhelm de Humboldt lui portait une estime quelque peu condescendante (Batllori, 1966:203-206 et Tovar, 1986:62). Inconsciente et tardive revanche, peut-être, de l’orgueil universitaire allemand du XIXe siècle, sur les paroles prêtées par Jonathan Swift à Charles Ier, empereur d’Allemagne, alias Charles-Quint, roi des Espagnes et d’Outre-Mer, qui ne parlait espagnol qu’à Dieu, et à son cheval en allemand !

Hervás, au contraire, bien que comprenant dans son catalogue cinq fois plus de langues que n’en connaissait Gébelin, a le plus grand soin de ne jamais se laisser aller à aucune théorie qui ne repose sur des faits. Il est facile maintenant de citer des erreurs et des inexactitudes dans Hervás, mais il semble que ses plus sévères critiques ont été ceux qui avaient le plus sujet de reconnaître les obligations qu’ils lui avaient. Ce n’était pas un service sans importance que de réunir des spécimens et des notices de plus de trois cents langues ; mais Hervás ne s’en tint pas là : il composa lui-même les grammaires de plus de quarante idiomes, et il fut le premier à montrer que la véritable affinité des langues doit être déterminée surtout par les faits grammaticaux, et non par une simple ressemblance des mots.                                                   Max Müller, La Science du langage, Paris, 1867.

Mais on doit surtout voir en Hervás le dépositaire de la tradition linguistique jésuite. Après la dissolution de la Compagnie en 1773, dans son exil italien, il entre en contact direct ou épistolaire avec nombre de ses frères. C’est ainsi qu’il se documente sur les langues de l’Amérique septentrionale auprès de Francisco Xavier Clavigero et sur celles de l’Amérique méridionale auprès de Joaquin Camaño et Filippo Salvatore Gilij. La “Conquête spirituelle” avait été, pour nombre d’entre les membres de la Compagnie, l’occasion, aux Indes Occidentales comme aux Indes Orientales, aux Philippines, en Chine, d’élaborer des Arts Grammaticaux, de rassembler des Trésors et des Vocabu­laires, de traduire la “Doctrina Christiana” en de nombreuses langues jamais décrites auparavant par les Européens. Dans la mouvance de la linguistique missionnaire, qui fait oeuvre pionnière dans la découverte des langues, les Jésuites occupent le premier rang : sur les presque 120 grammaires composées entre la Conquête et l’Indépendance, ils en écrivent 26 sur 18 langues (pour 17 d’entre elles, c’est la première grammaire connue, le quechua faisant seul exception). Il y a donc une école linguistique jésuite, latinisante sans doute, mais bien consciente en Amérique et ailleurs de Orbis terrarum linguarum varietate.

Histoire du Livre

Il semble aller de soi que la littérature linguistique doive s’inscrire dans une Histoire du Livre. Mais l’évidence n’est pas toujours la matrice de la recherche savante. Mon exposé voudrait éveiller votre intérêt sur le simple fait que les livres des grammairiens, lexicographes ou linguistes sont des livres...

On ne doit pas oublier d’autre part que l’intérêt de l’histoire du livre est (et doit rester) d’être un carrefour. Que les études de base doivent souvent tout à des milieux bien éloignés des universités — ceux des collectionneurs et des biblio­thécaires, à qui notre patrimoine livresque et imprimé doit de se trouver peu à peu rassemblé et préservé. Et, là, les risques de malentendus sont d’autant plus graves que les chercheurs patentés, volontiers enfermés dans leur milieu et leurs préoccupations, risquent de négliger tout apport, voire tout contact extérieur, tandis que ceux qu’on serait parfois tentés d’appeler les bibliophiles subissent des tentations symétriques. Connaisseurs émérites du livre ancien, ils se montrent périodiquement quelque peu agacés de voir cet objet, dont ils aiment détailler les charmes entre initiés, désacralisé par l’intrusion dans leur jardin secret d’historiens qui n’ont ni leur sensibilité ni leurs préoccupations ni, parfois même, leurs connaissances. Or, c’est là grand dommage dans la mesure où les uns sont complémentaires des autres et où la pleine compréhension du livre a besoin de l’effort de réflexion des uns mais aussi de l’érudition et de la perception de l’objet des autres

Henri-Jean Martin, 1993:311.

Le fait est que la littérature grammaticale et lexicographique de la “Découverte” participe du mouvement des idées des Temps Modernes. Elle doit trouver sa place dans l’Histoire des mentalités et être portée au compte de la culture missionnaire mise au service de cette “Conquête spirituelle” qu’on peut malaisément séparer des épisodes et des souvenirs de la Reconquête, des Croisades, de la Réforme. La création de la Compagnie de Jésus est liée à l’entreprise de la Contre-Réforme, et l’implantation des premières Missions dans le Nouveau Monde est contemporaine des Guerres de Religion, de l’Inquisition, de la Guerre de Trente Ans, de la Révolution anglaise. La pensée jésuite a pour illustre fils, le doctor eximius, Francisco Suárez (1548-1617), le dernier et grand scolastique, presque contemporain de l’élève des bons Pères, René Descartes (1596-1650), le premier, sunt qui dicant, des philosophes modernes. N’est-ce pas dans cette lutte des apparents contraires que se situe l’épiphanie de l’esprit baroque, dont les jésuites sont porteurs, en théologie, en philosophie politique (Baltazar Gracián), en architecture, en musique, jusqu’en linguistique peut-être...

L’Histoire du Livre comprend aussi l’histoire de la chose imprimée. Il est intéressant de comparer les dates respectives d’impression du premier livre et de la première grammaire, ici et ailleurs :

 

premier livre

première grammaire

écart

Allemagne

Italie

France

Espagne

Angleterre

Portugal

Mexique

Russie

Pérou

1456

1578

122 ans

1465

1516

51 ans

1470

1530

60 ans

1471

1492

21 ans

1476

1586

110 ans

1487

1536

49 ans

1539

1571

32 ans

1563

1755

192 ans

1583

(1560)/1607

24 ans

 

N.B. En ce qui concerne le Pérou, la première grammaire imprimée, de Domingo de Santo Tomás, est de 1560, mais elle est imprimée à Valladolid, en Espagne, 23 ans avant la première impression à Lima. La première grammaire sûrement imprimée à Lima, est celle de Diego González de Holguín, S.J. (1607), mais elle est la cinquième en date des grammaires répertoriées du quechua.

La Compagnie de Jésus a fait imprimer, entre 1595 et 1765, 37 éditions de 26 grammaires de 18 langues : 25 en Amérique, dont 11 à Lima et 10 à Mexico, 5 à Lisbonne, 3 à Madrid, 3 à Rome. La grammaire du guarani de Paulo Restivo a été imprimée à Pueblo de Santa María de las Misiones en 1724...

Au Mexique, le premier livre imprimé est la Breve y mas compendiosa doctrina christiana, en lengua mexicana y castellana du Fray Juan de Zumarraga (Mexico, 1539) mais la grammaire de Molina, première grammaire imprimée (1571) n’est que la seconde grammaire du nahuatl. Celle d’Olmos de 1547, est manuscrite. Il y a là un point très intéressant de l’Histoire du Livre : le livre imprimé n’a pas supplanté d’un coup le livre manuscrit : le métier de “escribano” est resté florissant au cours des Siècles d’Or. Le Comte de la Viñaza énumère 4 manuscrits de la grammaire d’Olmos : Bibliogr., notices 6, 7 (Madrid), 8 (?), 9 (Paris) ; aujourd’hui Miguel Léon Portilla en répertorie six : B.N. Madrid, B.N. Paris (2), Bibliothèque du Congrès (Washington), Nouvelle-Orléans (Univ. Tulane), Bibliothèque Bancroft (Univ. de Californie à Berkeley). Il est admis que la grammaire du tupi d’Anchieta circulait sous formes manuscrites dès 1565, soit trente ans avant son impression à Coïmbra. Et on peut penser que les missionnaires ont rédigé bien des grammaires et lexiques manuscrits ignorés, égarés ou perdus : allons, fouillons les archives du Gesù, de Séville, d’Evora et d’ailleurs !

Mais l’histoire du livre s’est en même temps diversifiée. En France, les tenants de l’histoire des mentalités et des pratiques culturelles développent aujourd’hui très activement les recherches sur l’histoire de la lecture, les historiens de la littérature se sont mis volontiers et avec courage à l’école de la bibliographie matérielle anglo-saxonne qu’ils commencent à utiliser dans leurs éditions de textes. Ils se mettent aussi à scruter la typographie et les illustrations et à suppléer à ce que la recherche avait en ces domaines de trop descriptif et énumératif.                                       Henri-Jean Martin, 1993:310.

Il y a là une attitude nouvelle de la part des historiens du Livre : regarder comment le livre est fabriqué, imprimé, mis en page, illustré. Et il y a là un terrain linguistique à explorer : les américanistes et autres linguistes ne doivent pas seulement se consacrer à l’histoire, à la typologie, au déchiffrement des écritures. La sémiologie typographique des grammaires et des dictionnaires n’est pas sans intérêt heuristique !

Histoire des grammaires

A quelque ordre qu’ils appartiennent, les missionnaires rédigent leurs grammaires dans un but évangélisateur. On ne doit pas s’étonner que les jésuites aient privilégié língua geral et lenguas generales, dont ils ont d’ailleurs souvent établi la norme, permis l’extension et même assuré la survie (guarani). C’est ainsi qu’ils ont écrit et imprimé DEUX grammaires de chacune des “langues générales” : du Mexique, le nahuatl (A. del Rincon : 1595 ; H. Carochi : 1645) ; des terres du Brésil, le tupi (J. de Anchieta : 1595 ; L. de Figueira : 1621) ; du Royaume du Pérou, l’aymara (L. de Bertonio : 1603 ; D. de Torres Rubio : 1616) et le quechua (D. GonzÁlez de HolguÍn : 1607 ; D. de Torres Rubio : 1603 et 1754) ; du Royaume du Chili, le mapuche (L. de Valdivia : 1606 ; A. Febres, 1765) ; des Missions du Paraguay, le guarani (A. Ruiz De Montoya : 1640 ; P. Restivo : 1724). Certaines ont eu jusqu’à QUATRE éditions : Bertonio (1603 : 2 éd. ; 1612 : 2 éd.) ; Figueira (1621, 1681, 1687, 1795).

Ce n’est que par une étude détaillée des textes grammaticaux que l’on pourrait déterminer les modèles linguistiques descriptifs des Pères Jésuites :

-   une synopsis des “Tables des matières” montrerait s’ils ont suivi ou non le plan du parangon, souvent invoqué, la grammaire du castillan d’Antonio de Nebrija de 1492.

-   un examen attentif des analyses morphologiques et syntaxiques décèlerait si leur latinitas leur a permis de découvrir la spécificité des langues qu’ils abordent, souvent, pour la première fois. Les avis s’accordent à reconnaître à bien d’entre eux une intuition linguistique remarquable (Montoya ou Carochi par exemple).

-   ne faudrait-il pas aussi dessiner leurs profils linguistiques personnels : il y avait des castillans, des catalans, des portugais, des italiens, des basques et même des indigènes parmi les Pères ?

La question de la langue de description est digne d’intérêt. J’ai proposé (Dessaint, 1989) une typologie des grammaires missionnaires sur ce critère.

-   parmi les 120 grammaires missionnaires, un seul auteur (et il n’est pas S.J.) Bernard Havestadt utilise le latin : Chilidigu sive tractatus linguae chilensis (Munster in Westphal, 1777).

-   sur les 26 grammaires des Jésuites, 24 sont décrites en espagnol et 2 en portugais (pour le tupi).

-   aucune grammaire n’a été rédigée en langue amérindienne...

Il ne faut pas oublier que la linguistique jésuite est une linguistique de propagateurs de la Foi et de traducteurs de la Doctrine chrétienne et des Saintes Ecritures. Leurs grammaires et leurs dictionnaires sont les outils, dans la logique missionnaire, néces­saires, pour écrire Catecismos et Confesionarios en "langues". Le plus bel exemple de ce travail est l'oeuvre de Antonio Ruiz de Montoya : Arte, Bocabulario, Tesoro, y Catecismo de la Lengua Guarani (Madrid, 1639-1640, 4 tomes, 1360 pages).

Mais à côté de cette histoire des idées et des techniques linguistiques, il me semble bien utile de promouvoir une histoire matérielle des grammaires, c'est-à-dire une observation minutieuse des parti-pris de mise en pages et de typographie.

-   les pages de titre d'abord. L'enseignement de Henri-Jean Martin aux Hautes-Etudes m'a incité à les regarder de plus près (voir illustration 4, 5, 6). Ces pages de titre fournissent des renseignements précieux, tout le monde le sait bien chez les bibliothécaires et les bibliophiles, chez les linguistes moins peut-être, sur le lieu et la date d’impression, le nom des auteurs, libraires, imprimeurs, éditeurs, comman­ditaires (cf. l’illustration 3 sur le sceau de la Compagnie).

-   Mais les titres eux-mêmes nous invitent à nous poser quelques questions. Qu’entendait-on par Arte, Arte de gramática, Arte y gramática, Arte Breve de la gramática, Compendio de gramática ...? Et le nom des langues ? Lengua mexicana : quand apparaît le nom de nahuatl ? Et celui de mapuche ? Quid de Lengua general, llamada quechua o lengua del Inca, etc... ?

Mais il y a encore la typologie des dispositions typographiques. Quelles sont les raisons et les résultats des différentes sémiographies mises en oeuvre pour présenter les paradigmes et dévoiler les enchaînements morphématiques ? Nous en présentons et discutons succinctement cinq exemples offerts dans les illustrations 1 et 2.

         Exemple 1 : la disposition du paradigme mapuche ne serait-elle pas plus claire ainsi :

                                                                                           négation

              singulier        ELU     n                                 ELU       la          n

                                 ELU   ymi                               ELU       la       ymi

                                 ELU   y                                   ELU       la       y

              duel             ELU   yu                                 ELU       la       yu

                                 ELU   ymu                              ELU       la       ymu

                                 ELU   ygu                               ELU       la       ygu

              pluriel ELU                                               ELU       la         

                                 ELU   ymn                              ELU       la       ymn

                                 ELU   ygn                               ELU       la       ygn

      - exemples 2 et 3 : le verbe tlapōhua du nahuatl est-il mieux présenté en colonne ou en ligne ?

      - exemple 4 : on reconnait bien le parti-pris latin du Père Anchieta vis à vis du tupi !

      - exemple 5 : en ce qui concerne le guarani, nous avons un avis plus “autorisé” et nous affirmons que l’on ne peut présenter la “conjugaison” comme le Père Montoya, et nous proposons ce qui suit (en orthographe et morphologie modernes) :

 

singulier

pluriel

 

1

a-mbo’e

ña-mbo’e

ro-mbo’e

inclusif

exclusif

2

re-mbo’e

pe-mbo’e

 

3

o-mbo’e

 

La négation, morphème enclosant, devrait, en annexe, être ainsi indiquée :

n-ambo’e-rĩ, ne-rembo’e-rĩ, n-ombo’e-rĩ, etc...

 

Ce carrefour des Histoires ne devrait pas se limiter à la Linguistique, au Livre, aux Grammaires, mais s’ouvrir également à l’Histoire des Idées et des Mentalités, à l’Histoire des Missions, à celle de l’Education, de l’Histoire de l’Américanisme. Dimitte mihi debita mea : je ne vous ai offert que les ingrédients du festin, un vaste programme de recherches et peu de conclusions. Mais si je ne réalise pas le Grand-Oeuvre, quelqu’un d’autre le fera, quelqu’un sur qui j’aurai soufflé l’esprit. Et je terminerai à la Jean Cocteau : «Ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs».

 

Bibliographie

Adelung Johann-Christoph, Vater Johann-Severin, Adelung Friedrich, Humboldt Wilhelm von

1806-1817 Mithridates oder Allgemeine Sprachenkunde, mit dem Vater Unser als Sprachprobe in Beyhade fünfhundest Sprachen und Mundarten, Berlin, 4 vol.

Anonyme

1818    La cocina de los jesuitas. Común modo de guisar que observaban en las casas de los regulares de la Compañía de Jesús, Sevilla.

Apicius

            De re coquinaria.

Battllori, Miguel, S.I.

1966    La cultura hispano-italiana de los Jesuitas expulsos, Madrid.

Court de Gébelin, Antoine

1773-1782 Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne..., Paris, 9 vol. (le tome VIII comporte un “Essai sur les rapports des mots, entre les langues du Nouveau monde, et celle de l’ancien”, p. 489-560).

De la ViÑaza, Conde

1892    Bibliografía española de lenguas indígenas de América, Madrid.

Dessaint, Michel

1988    “Antoine Meillet et Les langues du Monde (1924)”, Histoire, Epistémologie, Langage, Paris, t. 10, fasc. II, p. 187-194.

1989    “Ad Maiorem Linguae Latinae Gloriam”, in Actes du Colloque Hispaniste franco-allemand de Mayence.

1991    “Les grammèmes possessifs du guarani”, Modèles linguistiques, Lille, t. XIII, fasc. 2, p. 25-33.

Hébrard, Jean

1983    “L’évolution de l’espace graphique d’un manuel scolaire. Le “Despautère” de 1512 à 1759”, Langue Française, Paris, n° 59, p. 68-87.

Lafontaine, Jean de

            Vie d’Esope.

Martin, Henri-Jean

1993    “Histoire du livre et bibliographie”, in Les sciences de l’écrit, Paris, p. 287-313.

Müller, Max

1867    La Science du langage, Paris (deuxième édition française, revue sur la cinquième édition anglaise).

Pallas, Peter Simon

1787-1789 Linguarum totius orbis vocabularia comparativa Augustissimae cura collecta, Saint-Pétersbourg. Ce n’est que dans la seconde édition augmentée, que l’on traite partiellement des langues amérindiennes des territoires convoités par la tsarine ! Mariewo, Th. Jankiewitzch : Sravitel’ slovar’ vsĕxŭ jazykovŭi narĕčij, Saint-Pétersbourg, 1790-17912.

Ribadeneira, Pierre, S.I.

1608    Illustrium Scriptorium Societatis Iesu Catalogus , Anvers.

Richaudeau, François

1969    La lisibilité, Paris,.

Swift, Jonathan

            Voyage chez les Houyhnms, ch. III.

Tovar, Antonio

1986    El lingüista español Lorenzo Hervás, Madrid (contient le catalogue italien).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Exemple 1       MAPUCHE           Antonio Febres, 1764

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exemple 2       Nahuatl            Horacio Carochi, 1645

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exemple 3       Nahuatl            Carochi, Paredes, 1754

 

 

 

 

 

 

 


 

Exemple 4       TUPI                      Joseph de Anchieta, 1595

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exemple 5       GUARANI             Ruiz de Montoya, 1640

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

IESVS HOMINVM SALVATOR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOCIETATIS IESV SIGILLA COLLECTA