Centre d'Etudes Himalayennes
UPR 299
     
 
 
Axes de recherche
> Politique, conflits et justice
> Appartenances, territoires et changements
> Histoire, savoirs et patrimoine
>

Recherches sur les marges

Politique, conflits et justice

- Transformations politiques au Népal - Gérard TOFFIN
- La guerre du peuple au Népal : une analyse anthropologique et historique
- Coordonné par Marie LECOMTE-TILOUINE
- Mouvements religieux et sectes hindoues au Népal - Gérard TOFFIN, Chiara LETIZIA
- Nationalisme hindou, formes de résistance, médiations locales. L'enracinement culturel d'un mouvement politique radical - Daniela BERTI
- Anthropologie de la justice. Rôle, interactions et procédures judiciaires en Inde - Daniela BERTI
- Justice and Governance in India and South Asia - Projet ANR coodonné par Daniela Berti et Gilles Tarabout

 

Transformations politiques au Népal

Gérard TOFFIN

La recherche menée dans la vallée de Katmandou a été élargie à des questions touchant les transformations politiques et la construction de la démocratie dans le Népal contemporain, en rapport avec l'expérience indienne. Le renouveau des identités ethniques depuis1990 est un des événements majeurs de l'histoire politique et culturelle récente du Népal. Les revendications des minorités ethniques se sont considérablement renforcées ces dernières années, d'une manière déconcertante pour les plus anciens observateurs du Népal. Les autorités népalaises ont amorcé elles mêmes une politique culturelle plus respectueuse du pluralisme ethnique népalais que l'ancienne politique assimilationniste conduite dans la période précédente (1960-1990). Certains militants des groupes ethniques vont jusqu'à réclamer la constitution d'un Etat fédéral, accordant une large autonomie aux régions. Cette étude s'intéresse à ce type de discours et aux contradictions que l'on peut y déceler par rapport aux règles et aux pratiques démocratiques. Elle traite des difficultés auxquelles la démocratie est confrontée dans un pays socialement et culturellement très hétérogène, multiculturel, et qui reste encore régi par le système hiérarchique de la caste. Elle apporte un regard anthropologique sur les revendications identitaires des groupes ethniques des collines et leurs impacts sur la vie politique.

De 1970 à 2008, la vallée de Katmandou, centre politique, économique et culturel du royaume himalayen, s'est considérablement transformée. La population a quadruplé, passant de 500.000 à plus de deux millions de personnes. L'accroissement démographique résulte principalement de l'arrivée de migrants népalais venus des collines et d'une main d'ouvre indienne à la recherche de travail. Cette explosion démographique n'a fait que s'accentuer depuis 2000-2001, avec l'arrivée de populations paysannes des collines népalaises, fuyant les zones de combat entre forces de sécurité gouvernementales et guérilleros maoïstes. Dans le même temps, la vallée de Katmandou, s'est largement ouverte vers l'extérieur, sa population s'est occidentalisée, de graves problèmes de pollution atmosphérique sont apparus du fait de l'augmentation de la circulation automobile, le prix des terrains a explosé, enrichissant soudainement la vieille population rurale néwar détentrice du sol, etc. Une étude particulière est menée sur les bidonvilles implantés le long des deux rivières Bagmati et Vishnumati (municipalité de Katmandou).

La guerre du peuple au Népal : une analyse anthropologique et historique

Coordonné par Marie LECOMTE-TILOUINE

Participants membres de l'UPR 299 : Benoît Cailmail, Pustak Ghimire. Autres participants, voir Présentation plus complète du projet.

Notre objectif est de rendre compte de la Guerre du Peuple népalaise par la constitution d'un corpus d'ethnographies du conflit, par une mise en perspective historique à travers l'étude des formes de violence qu'a connu le pays ainsi que par l'analyse des documents visuels qui ont été produits par le parti maoïste népalais.

Les membres français de l'équipe se réunissent une ou deux fois par mois à l'occasion d'ateliers de lectures et ont tous effectué une mission de recherche au Népal financée par le projet en 2007, comme ils le feront les deux années suivantes. Ils inviteront les partenaires étrangers à trois journées d'études en juillet 2008 et à un colloque ouvert au public à la fin du projet.

Présentation plus complète du projet

Les mouvements religieux hindous

Gérard TOFFIN

Dans tout l'Himalaya, en Inde comme au Népal, les identités religieuses sont aujourd'hui l'objet de redéfinition, d'évolutions significatives, souvent inspirées de changements sociopolitiques plus globaux. L'exemple du renouveau du Bouddhisme du Petit Véhicule (Theravada) au Népal, les nombreuses conversions récentes au christianisme en Asie du Sud en témoignent. Ces transformations concernent aussi les pratiques et les conceptions religieuses.

G. Toffin étudie la secte des Krishna Pranami à la lumière de ces changements et suit les principales étapes historiques qui ont conduit de la fondation de la congrégation au 17ème à la situation actuelle. La manière dont cette secte s'est transformée au fil des âges, à l'instar de celle des Kabir Panth, d'un groupe religieux syncrétique hindou-musulman à volonté réformatrice et à forte coloration universaliste, en une secte principalement krishnaïte gommant ses origines partiellement musulmanes, mérite en particulier d'être étudié. De la même manière, la réintégration, largement entamée, de la secte dans le monde de la caste est des plus intéressantes et évoque de nombreux faits similaires dans le sous-continent.

Le nombre croissant de groupes sectaires en Inde, l'audience toujours plus grande dont ils bénéficient auprès de la population non-sectaire hindoue ou tribale, sont également des phénomènes considérables dont les études indiennes n'ont pas encore pris toute la mesure. Ces faits devraient induire une réflexion plus générale sur l'opposition entre secte et caste, deux institutions sociales à fort contenu religieux de la société indienne et himalayenne.

Les mouvements religieux bouddhistes

Chiara Letizia

Depuis 2003, Chiara Letizia consacre ses recherches au renouveau bouddhiste Theravada au Népal. Elle a choisi notamment d'étudier :
- la genèse de ce mouvement, qui est à comprendre au sein du renouveau bouddhiste en Inde et au Sri Lanka d'un côté et de la construction contemporaine du Népal en tant que royaume hindou de l'autre
- sa diffusion chez les Néwar, qui a impliqué une confrontation entre le bouddhisme traditionnel newar et cette forme moderne de bouddhisme
- la récente diffusion du bouddhisme Theravada chez des populations hindouisées, les Tharu et les Magar qu'elle étudie dans le contexte politique de l'exaltation des revendications ethniques après la restauration de la démocratie en 1990
- le contexte plus large des conversions au bouddhisme en Inde, notamment les conversions des intouchables au bouddhisme opérées par Ambedkar.

Plus récemment elle s'est intéressée aux activistes tharu et magar qui travaillent pour la diffusion du bouddhisme au sein de leur groupe à l'aide de différentes stratégies : l'identité bouddhiste a été politiquement affirmée avec les déclarations collectives des associations ethniques, prouvée par des nouvelles historiographies produites par les intellectuels du groupe, diffusée par l'intermédiaire de  camps d'enseignement de la doctrine bouddhique  et enfin réalisée à travers l'établissement de nouveaux rituels et la création/formation de nouveaux spécialistes pour les célébrer.

Nationalisme hindou, formes de résistance, médiations locales. L'enracinement culturel d'un mouvement politique radical

Coordonné par Daniela BERTI et Nicolas JAOUL

Programme ATIP « jeunes chercheurs » (2005-2007).

L'objectif de ce programme était d'analyser l'impact du nationalisme hindou dans différents contextes régionaux et son influence sur une population qui ne partage pas nécessairement l'ensemble de sa vision politique ou ses méthodes. En effet, si le programme politique et idéologique des nationalistes hindous et sa diffusion élargie au sein de la société indienne avaient fait l'objet de nombreuses études, il existait peu d'approches ethnologiques du phénomène, et pratiquement rien sur les formes de résistance et de médiation.

Au-delà du seul cas indien, il s'agissait d'étudier comment, dans des sociétés démocratiques, des organisations fondamentalistes parviennent à encadrer et à organiser l'activité de gens qui n'en partagent pas toujours le radicalisme, voire s'en déclarent les adversaires politiques.

Fondé sur un travail de terrain intensif, seul à même de dépasser les déclarations officielles des responsables politiques, ce programme à forte composante ethnologique, a inclus également des sociologues, des historiens, des politologues, et associé à l'équipe de recherche française un certain nombre de spécialistes indiens, avec lesquels les discussions ont été menées soit à l'occasion de missions en Inde, soit à l'occasion de séminaires en France. Les moyens financiers attribués en mai 2005, ainsi qu'une aide du Programme franco-indien de collaboration en sciences sociales de la Maison des Sciences de l'Homme, ont permis de subventionner des missions de terrain pour les onze membres de l'équipe et d'inviter huit chercheurs étrangers dont trois indiens à présenter leurs analyses. Les données recueillies sur le terrain ont été régulièrement discutées dans des séminaires internes organisés à l'UPR 299 à Villejuif ou à la Maison des Sciences de l'Homme et lors de deux ateliers internationaux d'une journée chacun. Toutes ces réunions étaient ouvertes au public. Outre les chercheurs de l'équipe, 7 chercheurs étrangers (anglais, américains et indiens) sont intervenus.

En 2008, un ultime séminaire comparatif élargi devrait permettre de débattre des spécificités ou de la généralisation possible des processus mis en évidence dans le cas indien.

Liste des chercheurs français et étrangers qui sont intervenus dans le cycle de conférences et d'ateliers du projet :

Gérard Heuzé (CNRS, Centre d'anthropologie de Toulouse) ; Pralay Kanungo (Centre for Political Studies, Jawaharlal Nehru University, Delhi) ; Christophe Jaffrelot (Sciences Po, Paris) ; Daniela Berti (CNRS Centre d'Etudes Himalayennes) ; Christopher Fuller, (Professeur d'anthropologie à la London School of Economics) ; Caterina Guenzi (CEIAS) ; Peggy Froerer (Research Lecturer en anthropologie à l'Université Brunel) ; David Ludden (Professor of History, University of Pennsylvania) ; Nandini Chandra (lecturer, Hansraj College, Delhi University) ; Christine Guillebaud (CNRS, Laboratoire d'Ethnomusicologie) ; Anne-Cécile Hoyez (Post Doctorant, Université de Rennes) ; Gérard Toffin (CNRS, UPR 299) ; Christine Moliner (EHESS) ; Frédérique Pagani (Université Paris X-Nanterre) ; Lucia Michelutti (London School of Economics) ; Amit Desai (London School of Economics) ; Nicolas Jaoul (CEIAS).

La liste des communications délivrées lors des conférences et ateliers est donnée dans la partie III du rapport.

Ce programme a déjà donné lieu à trois publications :

- Berti D. 2007. « Hindu Nationalists and Local History. From Ideology to Local Lore », Rivista di Studi Sudasiatici.
- Berti D. 2006. « The memory of gods : From a secret autobiography to a nationalistic project », in Folklife, 2006,  n°24, p.15-18. Article en ligne
- Berti D. (sous-presse) « Passé, localité et nationalismes. L'écriture de l'histoire dans la région de Kullu (Himachal Pradesh) » in Gisèle Krauskopff (ed.) Les faiseurs d'histoires, Nanterre, Société d'Ethnologie (publication prévue fin décembre 2007/début janvier 2008).

Un ouvrage collectif réunissant les contributions des membres de l'équipe est en préparation en co-direction D. Berti et N. Jaoul, pour une publication fin 2008 chez l'éditeur Pearson (New Delhi).

Anthropologie de la justice. Rôles, interactions et procédures judiciaires en Inde

Daniela BERTI

La plupart des travaux anthropologiques dédiés à l'étude du fonctionnement de la justice en Inde se sont focalisés sur des institutions villageoises, que ce soit sur les "conseils de village" (panchayat) ou sur des instances rituelles de gestion des conflits. En revanche, la façon dont la justice est recherchée et produite à l'intérieur des tribunaux urbains a été longtemps négligée. Comme l'a remarqué Fuller (1994), ce domaine a été entièrement laissé aux hommes de loi, dont les approches et les questions ne sont pas les mêmes que celles des anthropologues. Pourtant, les tribunaux peuvent fournir un contexte permettant d'observer différentes facettes de la société indienne autrement inaccessibles (Galanter 1992:3). Ils fournissent un cadre d'observation privilégié pour comprendre non seulement les mécanismes de résolution des conflits, mais aussi certaines dynamiques sociales complexes propres à l'Inde contemporaine.

Aussi, le présent projet se propose-t-il d'étudier l'activité des tribunaux indiens en utilisant une approche anthropologique. La méthode adoptée se rapproche de celle de certains auteurs travaillant sur les tribunaux des États-Unis (Atkinson et Drew 1979) qui ont porté une grande attention aux interactions linguistiques ayant lieu au moment du procès, ainsi qu'à la nécessité de combiner ce qui se passe à l'intérieur du tribunal avec ce qu'on observe à l'extérieur. Par rapport à ces auteurs, néanmoins, l'approche adoptée ici se distingue par l'attention accordée à la dimension culturelle et sociologique des différents cas observés.

Le projet est articulé autour de deux axes de recherche complémentaires. L'un, focalisé sur la société, vise à comprendre les dynamiques sociales qui sont derrière l'attitude que les différents protagonistes du cas (les témoins, les plaignants, l'accusé) assument lors du procès dans leurs interactions avec les professionnels de la justice. L'autre, centré sur les procédures judiciaires elles-mêmes, consiste à analyser les différentes techniques de construction des deux pôles du débat contradictoire : interrogatoires et contre-interrogatoires, enregistrement écrit des témoignages, production de la preuve, plaidoiries.

Un groupe de travail informel avec Robert Jacob (spécialiste de la justice au Moyen Âge), et d'autres spécialistes intéressés par ces questions a d'ores et déjà été monté. En mars 2008, la prochaine journée du Centre d'Étude de l'Inde et de l'Asie du Sud (organisée en collaboration avec Catherine Clémentin-Ojha, EHESS-CEIAS), intitulée « Dire le droit, faire la justice », sera consacrée à l'examen des rôles, interactions et procédures judiciaires en Asie du sud. Elle prévoit l'intervention de deux juges (David Annoussamy et Jean-Claude Bonnan) et comportera un volet historique (Denis Matringe, Jean-Claude Bonnan et Catherine Clémentin-Ojha), et un volet anthropologique avec une intervention de Karine Bates (de Montréal), de David Annoussamy et de Daniela Berti. Elle atteindra une dimension comparative par les discussions, les modérateurs invités étant des spécialistes d'autres aires géographiques (par exemple Baudouin Dupret, spécialiste des tribunaux égyptiens).