Centre d'Etudes Himalayennes
UPR 299
     
 
 
Membres du Laboratoire
Aurélie Névot

Chargée de recherche au CNRS (CR1)

Contact  :

UPR 299 Centre d'Etudes Himalayennes, CNRS
7 rue Guy Môquet
94800 Villejuif CEDEX
France

Courriel  : anevot@vjf.cnrs.fr

 

Aurélie Névot est ethnologue. Depuis 1998, elle mène des recherches en Chine, dans la province du Yunnan, où elle étudie la religion des Nipa (branche Sani de la nationalité Yi) : une forme de chamanisme reposant sur l’emploi d’une écriture secrète, réservée aux chamanes appelés Maîtres de la psalmodie, bimo. Ce chamanisme à écriture (auquel A. Névot a consacré deux ouvrages) n’a d'efficacité que par la mise en voix des textes rituels et permet dès lors de penser à nouveaux frais le rapport entre oralité et écriture. Outre les processus d’écriture, A. Névot s’intéresse à la « machinerie rituelle » (sacrifices sanglants), et elle met en avant que l’ontologie des Nipa est de type trans-substantialiste. Elle développe par ailleurs une anthropologie de la transmission (elle organise depuis 2010 le séminaire : « La transmission chez les chamanes et les médiums »). Un autre volet de ses recherches concerne les interrelations entre le religieux et le politique – l’État chinois s’étant engagé dans un processus d’uniformisation des rituels et de laïcisation de l’écriture chamanique –, ainsi que les phénomènes d’inculturation et d'acculturation par le christianisme – la religion catholique s’étant implantée chez les Nipa depuis le 19ème siècle. Le phénomène récent d’institutionnalisation du chamanisme à écriture l’amène notamment à interroger le processus de patrimonialisation tel qu’il est mis en ouvre en Chine sous couvert de l’UNESCO depuis 2003. Une nouvelle recherche l’anime depuis peu : elle consacre un livre au Pavillon national de la Chine (construit à l’occasion de l’Exposition universelle), mettant en évidence que cet édifice est un appareil rituel qui rend compte de la nouvelle orientation cosmique de la Chine au regard de la constellation internationale. Il imbrique et ré-agence des représentations propres à la culture chinoise afin d’édifier une nouvelle ère où la Chine règne en maître face au reste du monde, au sens où elle assure une maîtrise de l’universel : c’est à partir d’elle que l’univers est ordonnancé.

Mots clés : acculturation - bimo - chamanisme - Chine - corps - christianisme - écriture secrète - ethnopolitique - exposition universelle - gouvernance - inculturation - ontologie - patrimonialisation - pavillon de la Chine - sacrifice sanglant - Shanghai - transmission - trans-substantiation - Yi - Yunnan

Terrain : Chine - Yunnan - Shanghai

Organisation du séminaire : «  La transmission chez les spécialistes religieux  »

2012 : La transmission chez les chamanes et les médiums (II)

La transmission étant le socle sur lequel repose l’édifice social, car elle assure la continuité sociale, les relations qu’elle implique a inspiré maints témoignages religieux, philosophiques, littéraires, sociologiques, etc., et il serait vain de tenter de les formaliser de façon exhaustive tant elles sont nuancées et inscrites dans des schémas diversifiés. Aborder une anthropologie de la transmission, c’est donc faire face à un océan de données à la fois éparses et entremêlées. Afin de participer à la réflexion sur ce vaste sujet, ce séminaire a pour projet d’interroger les processus de transmission chez les spécialistes religieux.

Ce sont les chamanes et les médiums qui servent d’ancrage à la réflexion. Une comparaison entre les différentes formes sociales de la transmission du chamanisme et du médiumnisme éclaire d’un jour nouveau la manière dont les sociétés considérées procèdent à des choix logiques voisins, mais pourtant différents. Par là, on interroge également les catégories religieuses, souvent imprécises et « fourre-tout », afin de proposer de nouvelles définitions basées sur les différents schémas de la transmission qui se dégagent.

On questionne en particulier les rapports établis entre celui qui enseigne et celui qui apprend dans ce contexte, la relation nouée entre eux, ainsi que la nature et les voies de la transmission dans ce cadre spécifique. Quelle relation le spécialiste religieux en devenir établit-il avec celui (esprit ou humain) qui l'initie à sa fonction? Quand aucun apprentissage n’est évoqué, de quoi parle-t-on ? Par quels processus de transformation ou d'élaboration de soi (ou d'un autre soi) faut-il passer ? Comment cette relation de l'initié à l'initiateur est-elle vécue ? Comment une telle relation est-elle pensée ? Comment s’inscrit-elle dans les discours (dans un cadre écrit ou oral), dans la mythologie, dans la gestuelle, etc. ? Qu’en donne à voir l’observation (décalages) ? Qu'en est-il de la personnalité de l’enseignant et de l’enseigné ? De ceux entre qui quelque chose passe ? Quand devient-on spécialiste religieux ? Que dire de l’autonomie de l’un par rapport à l’autre, de la créativité ? Comment le lien « originel » (chaîne de transmission) perdure-t-il, et sous quelle forme ? Doit-il au contraire être brisé pour permettre de poursuivre la lignée (réflexions sur la transmission comme forme d’aventure tournée vers l’avenir) ?

Lieu : Salle de conférences, rez-de-chaussée, Bâtiment D, 7 rue Guy Môquet, 94801 Villejuif

Plan d'accès

Le programme détaillé du séminaire

Principales publications :

2012  « Par-delà la structure, en deçà de la relation. Approche anthropologique du « phénomène transsubstantialiste », Annales de Phénoménologie, 11.

2011 « Construire » un esprit qui prêtre l’oreille : le corps de l’ancêtre chez les Yi (Chine), Réseau Asie. De mort à ancêtre : Statut et transformations du corps (Chine, Indonésie, Japon, Mélanésie, Vietnam).

2011 « Une écriture secrète sur la scène publique en Chine », Revue de l'histoire des religions, 228 (2), pp. 227-243.

2010 "Religion et écriture en Chine : le chamanisme yi (Yunnan)" (traduit en Persan par N. Fakouhi),  in N. Fakouhi (ed), Recueil d'articles de la première et de la deuxième conférence de l'anthropologie de l'art ( majmou-ye avalin va dovomin hamandishi-ye ensanshenasi-ye honar), Téhéran: Éditions de l'Académie de l'Art Iranienne, pp. 229-63.

2010 « Paul Vial (1855-1917) - le « Père des esprits ». L'inculturation d'un prêtre catholique en Chine », in Servais P. (éd.), Christianisme et Orient, 17 e -21 e siècles , Louvain-La-Neuve, Bruylant-Academia, pp. 153-175.

2009 « Chamanes et intellectuels d'État : les transcriptions de la mémoire écrite des Nipa (Yunnan/Chine) », in Krauskopff G. (sous la dir.), Les Faiseurs d'histoire , Politique de l'origine et écrits sur le passé , Nanterre, Société d'ethnologie, pp. 217-246

2008« Une écriture chamanique bonne pour gouverner. Du processus de nationalisation des caractères d'écriture ni en caractères d'écriture yi  », in Baptandier B. et Charuty C. (sous la dir.), Du corps au texte. Approches comparatives, Nanterre, Société d'ethnologie, pp. 293-323

2008 Comme le sel, je suis le cours de l'eau. Le chamanisme à écriture des Yi du Yunnan (Chine) , Nanterre, Société d'ethnologie, 317 p.

2001 « Nisi, l'écriture des Nipa », Chiner la Chine (B. Baptandier), Ateliers
(Nanterre, Laboratoire d'ethnologie et sociologie comparative), n° 24, pp. 125-173

Liste complète des publications