Tristan Bruslé , géographe, s'intéresse aux mobilités de population, passées et présentes, à l'intérieur et à partir du Népal. Qu'ils soient temporaires ou définitifs, les mouvements de population au Népal font partie intégrante de l'histoire démographique du pays. De migrations paysannes de proximité vers l'Inde, elles sont aujourd'hui devenues des migrations de travail vers des destinations lointaines, signe de l'intégration du Népal dans le marché mondial de la main-d'ouvre.
En juin 2006, il a achevé une thèse de géographie intitulée « Aller et venir pour survivre ou s'enrichir. Circulations de travail, logiques migratoires et construction du monde des Népalais en Inde ». En voici un résumé : Au Népal, la migration de travail participe du fonctionnement des systèmes ruraux. Elle est une ressource pour les exploitations agricoles. Contraints, mais faisant aussi preuve de volonté, les Népalais en Inde suivent des logiques migratoires (de survie ou d'accumulation) qui correspondent à des logiques de lieux. Les migrants choisissent leurs destinations en fonction des opportunités de travail qu'ils y trouvent et de l'articulation possible avec les travaux agricoles au Népal. Leur insertion en Inde est conditionnée par l'exploitation de niches ethniques basées sur leur excellente réputation. Ils sont portefaix, en Uttarakhand, et de gardiens de nuit, à New Delhi. À force d'aller et venir, les migrants élaborent une hiérarchie des lieux fréquentés ou simplement connus, qui peut influencer en retour leur itinéraire migratoire. Cette circulation élargit le monde des migrants. Ils construisent des territoires migratoires, dont les formes sont variables en fonction de leur projet. Plus la migration permet une forte accumulation (achat de terre au Népal, éducation des enfants), plus l'investissement dans le lieu de migration est important. Mais de l'appropriation à l'identification, le pas n'est pas toujours franchi. La territorialisation de l'espace étranger, même si elle est réelle, n'est pas le gage d'une nouvelle strate identitaire. Le passage d'une identité de paysan à une identité de travailleur n'est effectué que par un nombre restreint de migrants. Le village de naissance reste pour la grande majorité le lieu d'appartenance primordial.
En poste à l'UPR 299 depuis septembre 2008, il poursuit ses recherches sur les migrations internationales de travail et sur la constitution de la diaspora népalaise. Deux périodes de terrain à Doha (Qatar), en novmebre 2006 et février 2008, lui ont permis d'aborder la situation de la communauté népalaise dans sa diversité, des petits entrepreneurs aux ouvriers logeant dans des camps de travailleurs. En lien avec l'étude de ces mouvements de population temporaires, l'étude de la diaspora népalaise constitue un autre projet en cours. Grâce au projet « Langues, cultures et territoires du Nord-Est indien. Au carrefour des mondes indien, chinois et sud-est asiatique » financé par l'ANR, il s'intéresse aux communautés indiennes d'origine népalaise installées en Assam, partagées entre assimilation et revendications identitaires (terrain en Assam en Janvier 2010).
A partir de novembre 2008, en collaboration avec Aurélie Varrel, il organise un séminaire de recherche intitulé Mobilités, Migrations et Diasporas d'Asie du Sud (MIDAS).
Publications :
2011, Les liens de la frontière. Enjeux des circulations autour de la frontière indo-népalaise, Cériscope, Numéro spécial sur les frontières, Publication du CERI (Sciences Po)
2010, Rendre l'étranger familier. Modes d'appropriation et de catégorisation de l'espace par les migrants népalais en Inde, Revue Européenne des Migrations Internationales, vol.26, n°2
2010,
Living In and Out of the Host Society. Aspects of Nepalese Migrants' Experience of Division in Qatar [30 paragraphs]. Forum Qualitative Sozialforschung / Forum: Qualitative Social Research , 11 (2), Art. 31
2010, Etre migrant, rester paysan ? Constructions territoriales et appartenances spatiales des migrants temporaires népalais en Inde, in Dupont et Landy (dir.), Circulation et territoire dans le monde indien contemporain, Paris, EHESS, Collection Purusartha
2009-2010, Introduction (Special issue: Nepalese migrations), European Bulletin of Himalayan Research, n°35-36
2009-2010, Who's in a labour camp? A socio-economic analysis of Nepalese migrants in Qatar, European Bulletin of Himalayan Research, n°35-36
2009, Les âges de la migration. Cycle de vie, projets et rapports à l'espace des migrants népalais en Inde, in Baby-Collin et al. (dir.), Migrants des Suds, Marseille, IRD Editions
2008,
Choosing a destination and work migration: Strategies of Nepalese workers in Uttarakhand, northern India, Mountain Research and Development, vol.28(3/4)
2008, Les défis du « nouveau Népal » après les élections
de l'Assemblée constituante,
EchoGéo , Sur le vif, mis en ligne le 21 août 2008
2007, The world upside down: Nepalese migrants in northern India, European Bulletin of Himalayan Research, n°31(Spring)
Aune-Jane Dilimaa , Himal Khabarpatrika, 1-15 baisakh 2061, http://www.nepalihimal.com/2061/baisakh-1-15/bishesh_report_bahirako_nepal_2.htm
"Mussoorie à la croisée des mondes ?", EspacesTemps.net, Mensuelles, 01.10.2004
http://espacestemps.net/document789.html
Bruslé T., M. Fort et J. Smadja, 2003, Un paysage de bocage. Masyam et le hameau de Kolang. In J. Smadja (dir), Histoire et devenir des paysages en Himalaya. Représentations des milieux et gestion des ressources au Népal et au Ladakh. Paris, CNRS. Espaces et Milieux, p.485-528
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