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| Entretien avec Charles
Auffray
(N. Givernaud & J.-F. Picard à Villejuif le 14 janvier 2001) |
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![]() DR |
L'ENS Cachan
Je sors de l'Ecole Normale
Supérieure de Cachan, de la filière physiologie et biochimie ; je suis
agrégé de physiologie et de biochimie... En France, l'organisation de
la recherche distingue la technologie de la recherche en général. Cela
reflète une culture qui est quasi antinomique avec celle des pays
anglo-saxons où l'on met les deux sur un pied d'égalité, quand on ne
met pas la technologie devant la recherche. Etant de l'enseignement
technique (aujourd'hui on dirait technologique), je me suis toujours
senti très à l'aise dans cette approche de la science. Ce qui ne
m'empêche pas de m'être beaucoup intéressé aux aspects conceptuels de
la biologie ou d'avoir participé à des réflexions qui relèvent de la
philosophie ou de l'histoire des sciences. En fait, l'ENS Cachan
traduit une forme de réhabilitation de l'approche technologique dans la
recherche scientifique. Par exemple, Geneviève Berger, l'actuelle
directrice du CNRS est sortie de cette école. Il n'en reste pas moins
qu'en matière d'enseignement des technologies, nous avons encore pas
mal de retard sur le monde anglo-saxon.
L'Institut Pasteur et le génie génétique
Pendant mon DEA, j'ai suivi le cours d'immunologie de
l'Institut Pasteur, c'était en 1976, l'année de la mort de Jacques
Monod, qui a ensuite été remplacé par François Gros.
Monod avait décidé la création d'une unité de génie génétique. On était
au tout début du génie génétique, un secteur qui intéressait un certain
nombre de jeunes chercheurs comme Philippe Kourilsky, François Rougeon,
etc., ainsi que Pierre Tiollais, un grand ancien. J'ai rejoint l'équipe
de François Rougeon, un normalien comme moi, pour travailler sur
l'origine de la diversité des anticorps, un problème non résolu à
l'époque. J'ai fait ma thèse de 1976 à 1981 sous la direction de
François Gros. Aux cours d'immunologie de Pasteur, il y avait aussi Daniel Cohen, qui venait de chez Jean Dausset
et qui travaillait en binôme avec un personnage qui va apparaître plus
tard dans mon histoire, Bernard Pau. C'est là que l'on a commencé à
discuter tous ensemble des nouvelles voies de recherche que
permettaient les développements technologiques. Cohen, jeune médecin, a
du alors se dire que plutôt que de prendre la voie de la sérologie
etc., il était plus intéressant de suivre les gens de Pasteur... Bref
en 1981, j'ai décidé de faire un stage post doctoral aux Etats-Unis et
je suis parti chez le pr. Jacques Strominger à Harvard, un laboratoire
du plus haut niveau mondial en biologie cellulaire et biochimie. J'y ai
passé deux ans, pour travailler sur le système HLA et apporter ma
compétence en génétique moléculaire.
L'Institut d'Embryologie de Nogent-sur-Marne
Au début des années 1980, ce sont les Assises de la recherche
organisées par Jean-Pierre. Chevènement ; c'est aussi la montée d'une
nouvelle génération de chercheurs. Grâce à des contacts avec Nicole Le
Douarin qui était venue me voir à Harvard, j'ai pu créer une équipe à
l'Institut d'Embryologie de Nogent-sur-Marne (Collège de France et
CNRS) qui, très rapidement, a compté une quinzaine de personnes. Mon
projet consistait à transposer ce que j'avais fait à Pasteur et à
Harvard dans le domaine de l'immunologie du poulet. A l'époque où
j'étais à l'Institut Pasteur j'avais collaboré avec l'équipe de
Jean-Pierre Changeux, notamment Jean Paul Thierry, pour la première
description d'une sous-unité du récepteur de l'acétylcholine et c'est
lui qui m'a proposé de venir à Nogent. On y a développé les outils de
génétique moléculaire pour étudier l'immunologie du poulet (en
contrepoint de ce qui était fait sur le système HLA). Comme les trois
quarts de l'activité de l'institut d'Embryologie concernaient la
neurobiologie, on a d'abord commencé à développer un travail de
génétique moléculaire dans ce domaine. Je travaillais avec un chimiste,
Jacques Mallet (qui avait fait son post doc chez J-P. Changeux) et un
physicien, Bertrand Jordan.
Tous les trois, nous partagions un intérêt assez original, au moins par
rapport à nos collègues français, pour les développements
technologiques. C'est aussi le moment où la PCR arrive... Bref, entre
1983-1987, à Nogent, on commence à avoir des discussions à caractère
technologique, stratégique et organisationnel.
Du HLA au génome
Conceptuellement et
médicalement, le programme génome humain est né en France. Il a surgi
de la communauté HLA, des fameux workshops HLA, grâce à des grands
personnages comme Jean Dausset et ses élèves. Aux Etats-Unis, il y
avait aussi des chercheurs comme Leroy Hood ou Jacques Strominger. Les
workshops HLA consistaient en une forme d'organisation souple qui
fonctionnait depuis la fin des années 1960 et où les gens venaient et
échangeaient très librement leur méthodes, leurs réactifs etc. Puis en
1982, on a commencé à organiser des workshops internationaux sur la
génétique moléculaire de HLA et de l'équivalent chez la souris ; le
premier a eu lieu à Oxford. C'est à cette époque que nous avons
commencé à collaboré avec l'équipe de Saint-Louis pour mettre en
parallèle la sérologie de HLA avec la génétique moléculaire. J'ai
publié avec Daniel Cohen et Jean Dausset toute une série de papiers
fondée sur ce travail, et qui a montré tout l'intérêt d'étudier le
polymorphisme au niveau génétique en complément de la recherche en
sérologie. En réalité, la manière dont les choses se sont développées
par la suite au CEPH, puis au Généthon, trouve ses origines dans ces
workshops . En 1985, à partir de la région HLA, on avait tous les
éléments conceptuels pour la connaissance du génome humain. Il ne
manquait que deux choses, une organisation ad hoc et un financement. Or
ces deux items sont plutôt l'apanage des Américains. Ils n'inventent
pas les concepts, mais ils repèrent les gens qui ont des idées et,
ensuite, ils font du lobbying politico-administratif... Ce sont donc
les Américains qui ont décidé de lancer un programme génome et toute
une série de réunions ont eu lieu de 1986 à 1988 pour trouver la
formule du Human Genome Project. Je crois que c'est très important
toutefois de rappeler que c'est une aventure humaine, européenne et
française au départ, avec des ramifications internationales. Puis tout
le monde a commencé à se dire : "Et maintenant ?" Nous étions des
artisans d'art, on faisait du cousu mains, de la haute couture, et on
s'est dit qu'il faudrait qu'on change d'échelle. C'est à ce moment-là
qu'on a commencé à se réunir avec Bertrand Jordan, Jacques Mallet,
Daniel Cohen, le CEPH, Bertin. Il y avait Jean Weissenbach
aussi, un post doc strasbourgeois, pharmacien de formation, qui était
également à l'autre bout du fameux couloir de l'immuno - génétique à
Pasteur... Un endroit finalement assez magique.
Le Centre d'études du polymorphisme humain (CEPH), Jean Dausset et Daniel Cohen
Au départ, l'idée géniale de Jean Dausset, elle date pratiquement des
années 1950, est de reconnaître que pour soigner une personne, il faut
connaitre la génétique des familles. En réalité le polymorphisme
génétique, les cartes génétiques, c'est depuis le début l'idée de
Daniel Cohen et de Jean Dausset, il suffit de regarder la date de
création du CEPH. Le rôle de Daniel a quand même été de convaincre
Dausset, déjà un grand ancien à l'époque, tout juste honoré du prix
Nobel, qu'il fallait s'engager dans cette nouvelle voie. Avec le legs
que ce dernier a reçu (d'une riche collectionneuse de tableaux), ils
ont donc décidé de créer le CEPH en 1983. Puis, vers 1987-1988, Maynard
Olson, un chercheur américain inventeur des YACs (des vecteurs
permettant de cloner des grands fragments d'ADN), vient faire un
séminaire à Pasteur. C'est là que Jean Weissenbach dit à Daniel Cohen
qu'il serait intéressant de faire la carte physique du génome humain.
Je veux dire que l'idée de la carte génétique revient à Daniel Cohen,
et celle de la carte physique à Jean Weissenbach, très exactement
l'inverse de ce qui s'est passé ensuite au Généthon.
Claude Paoletti et le campus de Villejuif
La fin des années 1980, c'est aussi la fin de ma période nogentaise. On
était arrivé à un stade de développement qui posait quelques problèmes.
Jean-Paul Thierry est donc parti à l'Ecole Normale Supérieure et j'ai
été invité à venir à Villejuif. Au CNRS, le contexte était à la
délocalisation en province. On envisageait de raser le campus de
Villejuif et de vendre le terrain. Mais Claude Paoletti qui y avait
travaillé pendant trente ans avant de migrer vers Gustave Roussy a eu
coeur, une fois nommé directeur des sciences de la vie au CNRS, de
revitaliser le campus. Il avait repéré un certain nombre de gens (dont
moi) auxquels il a proposé de se regrouper pour lancer des choses
nouvelles, il nous voyait un peu comme la relève. Moyennant quoi en
1991, on a créé l''Unite de génétique moléculaire et biologie du
développement' (CNRS UPR 420).
Séquencer des organismes modèles
En 1990, on
était loin de maîtriser et même de pouvoir sérieusement évaluer
autrement qu'à la louche les moyens réels et le timing nécessaire à une
opération telle que le séquençage du génome humain. Il était donc
logique d'envisager des étapes intermédiaires, comme les cartes
physique et génétique pour le génome humain, et le séquençage, plus
simple, des organismes modèles comme les bactéries ou la levure. En
1988, Antoine Danchin, au département des biotechnologies de l'Institut
Pasteur, avait lançé un projet de séquençage du génome de B. subtilis
(4 mégabases) pour lequel j'avais également proposé un schéma
d'organisation. Mais à l'époque même les pasteuriens ne croyaient pas à
ce type de programme. Il a fallu attendre 1995 après que Craig Venter
ait séquençé Haemophilus influenzae pour qu'ils commencent à s'activer
et que, finalement, en 1998, soit dix ans après, ils séquencent un
génome bactérien. Les gens de Pasteur n'avaient pas la culture de
l'industrialisation des procédés, ils voyaient le séquençage comme une
collection de choses juxtaposées. Dans chaque programme, on trouvait
des dizaines d'équipes où chacun voulait son petit morceau, une méthode
qui a d'ailleurs ses vertus lorsqu'il s'agit de faire de l'analyse
fonctionnelle, mais pour la partie en amont, le séquençage, ce n'est
sans doute pas la plus pertinente.
Le cas de la levure et l'organisation d'un programme de séquençage
Il était tout à fait censé de s'attaquer à ce type de génome et
l'organisation du programme de séquençage sous forme d'un consortium
européen a été efficace et judicieux. Mais ce n'était pas la seule
façon de faire. Le choix de ce type d'organisation reflétait surtout
l'existence d'une communauté très active de biologistes, mais aussi les
visées monopolistiques de certaines personnes. Je veux dire que l'idée
d'André Goffeau
d'un réseau européen de 30 ou 40 laboratoires spécialisés dans la
levure et donc capables de fait d'exploiter les résultats est
excellente. Là où cela commence à être moins bien, c'est lorsqu'on en
arrive à cette espèce de mascarade sur les coûts opérationnels. En
fait, le séquençage de la levure a coûté beaucoup plus cher qu'il
n'aurait dû, ce qui traduit un non professionnalisme dans
l'organisation de la recherche. Les coûts ont dépassé d'un facteur cinq
ce qui était prévu. De plus, cela a retardé d'autant le développement
d'activités de production. C'est ce qu'a très rapidement compris l'une
des agences américaines avec ses 'Production Sequences Facilities'. Il
ne faut pas se raconter d'histoire. Si on veut faire de la production,
il convient de mettre en place des méthodes opérationnelles de
production. C'est d'ailleurs pour cela que s'est créé et développé le
Généthon, au début dans la plus grande discrétion, pour éviter que les
gens de la recherche publique ne viennent s'en mêler. Bref, pour la
levure, scientifiquement, il fallait le faire et le réseau c'était très
bien. On peut déplorer par contre la manière dont cela a été décliné
ensuite en France avec le GREG. Le fait de confier à un mandarin aussi
peu doué pour l'organisation que Piotr Slonimski
la direction opérationnelle du programme génome était une erreur
d'autant plus grande qu'il a essayé par tous les moyens d'éviter de
financer le Généthon.
L'AFM et le Généthon
Avec le Généthon, tout le travail que l'on avait fait depuis 15 ans, Jean Weissenbach, Daniel Cohen
et moi s'est cristallisé d'un coup dans l'idée d'un centre intégrant
tous les programmes, tous les moyens. Mais ce n'est pas une idée que
l'on a vendue à l'AFM, c'est apparu à un moment donné aux yeux de
celle-ci comme une opportunité unique. Avant cela, l'AFM avait pris
deux décisions stratégiques majeures. D'abord Bernard Barataud,
après avoir pris le pouvoir en fédérant les différentes associations
concernées par la myopathie, a reconnu ou su écouter des gens qui lui
ont dit qu'il y avait un déficit de connaissances fondamentales. Il a
créé avec Pierre Birambeaud le Téléthon. Personne n'y croyait à
l'époque, mais ils ont réuni 150 millions de francs. C'est la première
décision stratégique, une réussite. La seconde a été d'allouer la plus
grande partie de ces fonds à la recherche ce qui était complètement à
l'encontre des politiques disons d'assistance sociale aux familles de
malades, qui restent la stratégie de beaucoup d'associations encore
aujourd'hui. Après le premier Téléthon, ils ont recherché de nouveaux
bureaux pour l'association et ils ont finalement acheté un immeuble
entier (à Evry), parce que cela revenait moins cher. Ils se sont alors
retrouvé avec un espace immense dont ils ne savaient trop quoi faire au
départ et ils ont décidé d'y installer une banque d'ADN ce qui leur
permettait de s'affranchir de la lourdeur administrative du système
hospitalo-universitaire et public de recherche. Puis de fil en
aiguille, après des discussions, s'est imposée l'idée de créer un
véritable laboratoire regroupant toutes les composantes, informatique,
robotique, banques de cellules et grands programmes. C'est comme cela
qu'est né le Généthon. Initialement, ils ont commencé à développer deux
programmes, la carte génétique avec Jean Weissenbach, la carte physique
avec Daniel Cohen et je suis arrivé un peu après.
La génomique fonctionnelle
Je suis donc venu au Généthon fort de mes liens avec Jean Weissenbach et surtout avec Daniel Cohen.
Mon idée était de promouvoir ce qu'on appelle aujourd'hui la génomique
fonctionnelle. On démarrait les premières cartes physique et génétique,
mais il fallait penser à intégrer tout cela. Intégration, cela veut
dire s'intéresser aux aspects fonctionnels que l'on peut aborder par le
biais des transcrits, les ADNc, toute la méthodologie inventée par
l'équipe franco-suisse autour de Philippe Kourilsky,
François Rougeon, Bernard Bach... J'ai fait la remarque à Cohen et à
Weissenbach qu'ils n'avaient pas prévu de programme à visée
fonctionnelle. Ils m'ont dit : "On fait le programme génome tel qu'il a
été défini par les Américains, la carte physique, la carte génétique
puis la séquence.
- A mon avis, il faudrait y intégrer aussi
une approche fonctionnelle... " Je n'étais d'ailleurs pas le seul à le
penser, au Japon il y avait Kenishi Masubara, en Europe Sidney Brenner,
aux Etats-Unis Leroy Hood. Daniel Cohen m'a dit : "Tu as raison. Il
faut convaincre Hubert Curien, le ministre de la Recherche, que c'est
important, écris lui". J'ai pris ma plus belle plume et j'ai envoyé une
lettre où je faisais un parallèle entre le programme de séquençage et
la fusée Ariane : "on a fait le premier et le second étage (les
cartes), il manque le troisième étage, la partie fonctionnelle ".
Rapidement, je suis convoqué au cabinet de Curien. Ils étaient
précisément en train d'essayer de lancer le GIP 'Génomes' : "Faites
nous des propositions, il va y avoir un appel d'offre. Envoyez nous une
lettre d'intention"... Le 21 avril 1990, on me dit : "Non pas de lettre
d'intention. Il nous faudrait le dossier complet pour le 25 avril".
Avec mes collaborateurs, dont Marie Dominique Devigne, on a passé trois
jour et demi pour écrire 750 pages, c'est-à-dire 'Genexpress', la
version génomique fonctionnelle du programme génome fondée sur la
technologie des ADNc... Le 25 avril, je suis invité par François Gros,
le directeur de l'Institut Pasteur pour rencontrer Bernard Barataud.
J'envoie donc Marie Dominique Devigne déposer le dossier au ministère,
et je vais à Pasteur en en prenant une copie avec moi. Je commence à
discuter avec François Gros, Bernard Barataud étant retenu à l'hôpital
Necker où il relançait un certain nombre de programmes de recherche
médicale. Finalement, il arrive et François Gros se met à décrire notre
programme avec beaucoup d'enthousiasme. Bernard Barataud me demande alors : "Avez vous une proposition à faire ?
- Oui, voilà ce que l'on est en train de déposer au Ministère.
- Bon, on va examiner cela au niveau de notre conseil scientifique pour
voir comment on pourrait l'intégrer dans l'ensemble que l'on est en
train de mettre en place".
Dans les vingt quatre heures qui suivent, je reçois un message de Jean-Louis Mandel
à Strasbourg, disant que l'Union Européenne voudrait lancer un
programme et qu'ils ont besoin de laboratoires pour participer à la
partie génomique fonctionnelle : "ils ont un million d'écus dont ils ne
savent que faire, envoies leur une lettre d'intention ". Je prends
notre rapport, je le traduis en anglais, je le faxe et je reçois une
invitation à venir à Londres pour en discuter avec Ed Southern ainsi
que des collègues Allemands, Italiens et d'autres Anglais.
Southern
me demande : "Est-ce que vous êtes prêts à coopérer avec les Anglais ?
- Evidemment, puisqu'on travaille dans le même domaine ".
J'ai appris depuis que cette réponse nous avait valu de récupérer le
million d'écus que l'Union Européenne ne voulait pas donner au seul
laboratoire de Sidney Brenner. On soumet donc toutes ces propositions
au ministère de la Recherche, je passe devant le conseil scientifique
de l'AFM au début du mois de juin et puis l'été arrive. Plus rien ne se
passe...
Un financement conséquent
Côté CNRS,
l'installation de Villejuif avançait cahin-caha... Et puis un jour de
septembre je reçois une enveloppe de l'AFM avec un chèque de 500 000 F
et un mot : "Ca, c'est pour commencer le travail". Entre temps, le
ministère avait aussi examiné le projet et nous avait attribué une
somme de 800 000 F, mais il nous demandait de compléter notre dossier.
Daniel Cohen et moi avons alors fait quelque chose qui nous a beaucoup
été reproché par la suite. A l'époque, obtenir plus d'un million de
francs représentait déjà un beau contrat, mais nous savions que pour
développer les activités que nous envisagions, il allait nous falloir
des dizaines voire des centaines de millions de francs. Donc j'ai
complété mon dossier au ministère en demandant 10 MF pour la première
année. Je suis alors reconvoqué au cabinet du ministre pour m'entendre
tenir à peu près le langage suivant : "Bon, vous demandez 10 MF, mais
vous savez qu'il y a des gens qui ne vous aiment pas trop. Ils vous
trouvent trop gourmands. Dites nous ce dont vous avez réellement besoin
pour démarrer ?
- 7,5 MF nous suffiraient" et on les a obtenus.
L'installation de 'Genexpress' à Généthon
Le
15 octobre 1990, l'AFM lance le Généthon. Daniel Cohen, Jean
Weissenbach et compagnie invitent Claude Paoletti. Celui-ci rencontre
Bernard Barataud qui lui pose la question : "Qu'est-ce que l'on peut
faire avec le CNRS ?
- Chez nous, répond Paoletti, il y a le programme 'Genexpress' sur lequel je suis en train de mettre le paquet
à Villejuif, mais cela prend du temps.
- A l'AFM, on connaît ce projet. On l'a d'ailleurs déjà un peu financé et on serait prêt à faire plus. Qu'en pensez vous ?
- D'accord, il faudrait que l'on en reparle ".
Barataud m'invite donc à Evry : "Il faut y aller sinon on va avoir du
retard dans ces programmes. Nous on est prêt à mettre le paquet". Je me
souviens que ce jour-là, il avait la visite d'une délégation, et il dit
: " Voilà nos directeurs scientifiques ". Me voilà donc bombardé de facto
directeur scientifique au Généthon ! Dans l'heure suivante, on a eu une
réunion à cinq, Bernard Barataud, Gérard Peirano, Daniel Cohen, Jean
Weissenbach et moi, durant laquelle on a pris des décisions
opérationnelles qui ont déterminé tout le reste. Barataud a simplement
dit : "Il y a le Téléthon dans un mois et demi, on a récolté 180 MF la
fois précédente. Tout ce qui dépasse 190 MF dans le prochain, c'est
pour développer les nouveaux programmes". Le Téléthon arrive et le
compteur s'élève, 190, 200... Le programme était financé.
A Evry,
Barataud a libéré un étage occupé par l'administration de l'AFM et
demandé à Gérard Peirano de tirer les plans pour l'installation du
laboratoire (Peirano est un homme du métier, un ancien des Offices
HLM). En huit jours, on avait les plans et on s'est réuni au CNRS :
Paoletti n'en revenait pas ! Pour recruter du personnel, on a fait des
appels à des écoles de techniciens. Bref, l'AFM a créé un laboratoire
de 500m2, l'a équipé pour 10 MF de matériel et y a recruté une dizaine
de personnes. On l'a inauguré le 6 juillet 1991 en présence de Jean
Dausset, de François Gros... Je me souviens d'un représentant du CNRS
estomaqué qu'on ait pu réaliser en dix semaines ce que l'Etablissement
public n'aurait probablement pas pu réaliser en dix ans.
'Genexpress' et l'exemple Généthon
Dans mon
esprit, le programme Genexpress était un programme tripartite pouvoir
public, association, industrie. J'avais dit que j'étais d'accord pour
venir à Evry dans la mesure où on aurait cet équilibre dans lequel les
pouvoirs publics jouraient leur rôle, l'association aussi et où on
mobiliserait les forces industrielles. Car l'enjeu, à terme était aussi
industriel. Mais on a raté le virage. On avait des contacts avancés
avec l'industriel 'Sanofi' qui ont capoté pour des raisons de
personnes. Exit le volet industriel. C'était bien dommage, mais peut
être qu'à l'époque la culture de l'AFM ne permettait pas d'insister sur
cet aspect des choses. En fait l'AFM était surtout désireuse d'une
forte interaction avec la recherche publique. Du coup, le deal Généthon
est devenu 50/50 Association-recherche publique (avec des financements
français et européens). Ce qui était quand même un engagement fort de
la recherche publique par rapport aux autres programmes du Généthon,
financés quant à eux à 95 % par l'AFM. On a donc démarré sur ces bases.
Un certain nombre de chercheurs et de techniciens de mon unité de
Nogent ont commencé à piloter la création du laboratoire d'Evry. Les
moyens étaient plus de dix fois supérieurs à ce que l'on avait
l'habitude de voir dans la communauté scientifique. Par la suite le
Généthon a connu un fort développement et en cinq ans, on a réussi à
créer le premier laboratoire au monde qui intégrait l'ensemble des
éléments nécessaires à l'étude du génome humain et qui montrait surtout
qu'un 'Centre Génome' cela avait un sens. Evidemment, les Anglais et
les Américains se sont empressés de nous imiter, puis les Allemands,
les Chinois et les Japonais ont suivi. Mais on a fait quelque chose de
nouveau, de vraiment incroyable vu le contexte français, et qui a été
jugé exemplaire par toute la communauté internationale.
Genset
Au moment des élections de 1993 Daniel
Cohen a réussi à faire reconnaître le CEPH comme une fondation, ce qui
permettait une dotation de l'Etat de plusieurs dizaines de millions de
francs. Mais très rapidement il s'est révélé que ces moyens étaient
insuffisants. Il a donc fait le choix de passer avec armes et bagages
du coté du privé, ce qu'il a fait dans des conditions assez
rocambolesques. Confronté aux carences des pouvoirs publics, mais aussi
motivé par l'intérêt personnel, il s'est engouffré dans la brèche. Je
ne peux lui donner complètement tort, mais je considère que son départ
a été une perte pour la recherche publique et pour la collaboration
recherche-industrie. En revanche, lorsqu'il est passé à Genset, je n'ai
pas apprécié la manière dont il a lancé une OPA très inamicale à notre
égard. Comme je m'y étais opposé, l'AFM s'est retrouvée dans un
contentieux tendu avec Genset... Il y a eu de sa part une volonté
quelque peu hégémonique, notamment au détriment de Jean Weissenbach...
Alors que j'essayais d'intervenir entre mes deux collègues, j'ai pris
aussi quelques coups (de l'un comme de l'autre d'ailleurs), mais ainsi
va la vie. Il reste qu'entre 1993 et 1997, on a réussi à démolir le
potentiel surgi de manière assez surprenante lors de la création du
Généthon. Pendant ce temps, les Anglais organisaient le Sanger Center,
les Américains lançaient leurs grands centres de séquençage...
Le déclin du Généthon
Cette réalisation exemplaire a été torpillé par la direction
politico-administrative de la recherche française. Pourquoi ? Parce que
le Généthon était antinomique avec leurs réseaux de décision, parce
qu'il s'agissait d'une entité développée en dehors de leur contrôle...
Aujourd'hui, quand on va à l'étranger, les gens vous interrogent :
"Mais qu'est-ce que vous avez fait de cette grande réussite qu'était
Généthon ?" On a fait un certain nombre d'erreurs. Un exemple, en 1994,
on avait préparé un accord avec 'Applied Bio system' dans lequel il
fallait mettre 5 MF ce qui nous aurait permis de faire ce qu'à fait
Craig Venter avec 'Celera', et puis cela ne s'est pas fait...
Le Génopole d'Evry
En 1992, Bernard Barataud,
Daniel Cohen et moi étions allés voir Claude Paoletti pour lui proposer
le concept de Génopole. Pendant cinq ans, on s'est heurté à des
oppositions majeures. Ce qui en a été fait par la suite est très loin
de ce qui aurait pu, ou dû, être fait. C'est le général Mac Arthur
perdant les Philippines au début de la guerre du Pacifique : pas assez,
trop tard... En 1995, Barataud a profité des élections présidentielles
pour dire qu'il avait l'intention de développer un 'Génopole'. Il avait
déjà identifié un terrain en face de Généthon où nous pourrions
développer nos activités. Il a fait des propositions aux pouvoirs
publics qui, comme d'habitude ont fait l'autruche, en disant "l'AFM va
continuer à payer". Mais Barataud est un malin, il s'est dit que la
seule manière de les faire réagir était de dire qu'il allait tout
arrêter. Il a pris son téléphone et il a appelé le ministère :
"J'envoie un camion et un autocar avec le matériel et le personnel et
vous vous débrouillez ". Ils ne l'ont pas pris au sérieux. Puis
l'élection présidentielle a débouché sur le résultat que l'on sait (J.
Chirac), il y a eu beaucoup de mouvement de responsables, tout le monde
s'est renvoyé la balle... Bref, j'ai fini par rapatrier nos activités à
Villejuif.
Retour à Villejuif, le consortium IMAGE
A
Villejuif, on a fini par créer un département de recherche et on est
passé de 15 à 60 personnes. On a réussi à faire ce que l'on n'avait pas
réussi au début de Généthon, à savoir passer des conventions de
recherche avec 'Rhône-Poulenc', 'Sanofi', 'SyntheLabo'... On a
également monté notre propre centre de séquençage. En 1993, j'ai créé
avec trois collègues nord-américains (du NIH, du DoE, et de
l'université Columbia) un consortium international dénommé 'IMAGE'
(Intégration au niveau moléculaire de l'analyse du génome et de son
expression). Aujourd'hui, huit ans après, nous sommes encore deux à
être dans le milieu académique ; les deux autres sont maintenant de
hauts responsables d'entreprises, l'un a créé 'Cell Logic' (une biotech
génomique) et l'autre est devenu le vice-président de 'Novartis' (une
pharmacogénomique). L'idée d''IMAGE' était d'organiser le partage des
connaissances, des ressources, des méthodologies, pour se concentrer
sur la valorisation économique des médicaments et des développements
diagnostiques et thérapeutiques. Aujourd'hui, IMAGE est devenu 'EPIC'
(expression profile international consortium ), ce qui est aussi un jeu
de mot provocateur, EPIC dans le jargon administratif français signifie
'Etablissement public à caractère industriel et commercial'. Nous
lançons un programme prospectif de dix ans sur les profils d'expression
- transcriptomes, protéomes, métabolomes - à visées fondamentales et
appliquées.
Le Centre National de Séquençage
En matière
de séquençage, je pensais qu'il fallait créer non pas un, mais
plusieurs centres. Secundo, je disais qu'il fallait faire envisager dès
le départ les transferts technologiques vers l'industrie, exactement
l'inverse de ce qu'a fait le Centre National de Séquençage (CNS). Le
paradoxe de l'histoire est qu'au début du Généthon, Jean Weissenbach
était contre l'idée de créer un centre de séquençage sur l'argument
qu'on allait travailler pour les Américains, il n'avait d'ailleurs pas
tout à fait tort. Et puis il a été nommé directeur du CNS à Evry. C'est
un grand scientifique, qui a fait une brillante carrière à l'Institut
Pasteur (à la fin des années 1980, dans les commissions du CNRS, c'est
moi qui l'ai poussé contre son voeu à demander son passage au grade de
DR1). Cela dit, j'avoue ne pas comprendre comment quelqu'un comme lui
peut trouver son compte dans l'administration d'un centre de
production, d'un laboratoire de service inséré dans une structure sans
âme. C'est vrai qu'il s'est fait forcer la main. Il voulait développer
son centre rue des Saint-Père, à la faculté de médecine. Je lui avais
d'ailleurs posé la question : "Jean, si tu n'es d'accord ni sur la
stratégie ni sur la localisation, pourquoi acceptes tu ?
- Bah... Tu sais à Pasteur on me pousse dehors".
Ce n'est pas quelqu'un de vindicatif. Cela dit, quand on est confronté
à des choix de ce genre, on assume. Je le lui ai dit. Du coup nos
rapports se sont un peu rafraichis. Par la suite, a été créé à Evry un
Centre National de Génotypage (CNG), ce que l'on aurait dû commencer
par faire dès le début. On a mis à sa tête Mark Lathrop, quelqu'un de
très bien. Mais c'est la même chose, on n'arrive pas à savoir ce que
fait ce centre. Même les gens qui l'ont créé trouvent curieuse la
manière dont il fonctionne. Moi, quand j'avais proposé de faire un
institut de génomique fonctionnelle à Evry, on ne m'a jamais répondu.
J'avais préparé un dossier, mais personne ne m'en a jamais parlé, et un
beau jour j'ai découvert que mon projet avait été découpé en petits
morceaux pour être distribués aux petits copains, l'un entre les mains
du conseiller direct de l'ancien ministre de la recherche qui s'est
parachuté à Evry pour y créer son propre institut, l'autre au CEA et
ainsi de suite... Au moment de la fermeture de Généthon, une grande
partie de notre personnel qualifié a été affectée d'autorité au Centre
national de séquençage et une autre partie au CEA et à Genset. On s'est
fait complètement piller. Il n'y pas d'autre mot. Aujourd'hui, un
travail sociologique intéressant serait de retracer l'historique de la
centaine (à peu près) de personnes que nous avons formées en dix ans.
La recherche contractuelle...
A la fin des
années 1990, j'étais un peu découragé, j'étais sur le point de repartir
aux Etats-Unis. Il est très probable que si je l'avais fait, je serais
aujourd'hui à la tête d'un centre génome ou d'une entreprise
américaine. Mais il y a eu des changements d'équipe au CNRS et on s'est
dit, "Tiens voilà des gens qui vont faire bouger les choses". J'ai
évoqué plus haut la personne de Bernard Pau, un pharmacien d'origine,
binôme de Daniel Cohen au cours d'immunologie de Pasteur. Je le
connaissais parce qu'une de nos équipes travaillait sur le HLA, le CD4,
le VIH (le virus du sida), et avait des relations avec son laboratoire
('Sanofi') installé à Montpellier. Je l'avais aussi rencontré dans le
cadre de discussions sociales, éthiques, lors d'un petit colloque
organisé à Montpellier. Un beau jour, je vois dans l'organigramme du
département SDV du CNRS qu'il est nommé conseiller pour la
biotechnologie. J'ai pris contact avec lui et il m'a aidé à développer
notre service de séquençage avec une société basée à Grenoble ; on a
alors développé la recherche sur contrats. Aujourd'hui, nous n'avons
plus aucun soutien financier des programmes génomiques lancés depuis
1997 par les pouvoirs publics. On a par contre une douzaine de
partenaires industriels ; on a des contrats de recherche avec
'Rhône-Poulenc', 'Sanofi', 'SyntheLabo'... On en a un en cours avec le
groupe 'Avantis' ; il s'agit de commercialiser un médicament pour le
traitement du cancer du colon, le "Campto", qui a obtenu son
autorisation de mise sur le marché, mais qui malheureusement provoque
parfois des résistances chez le patient. Grâce à Bernard Pau à
Montpellier, le centre anticancéreux (laboratoire du secteur public), a
signé avec nous un accord de deux millions et demi d'Euros, ce qui
n'est pas mince. L'objectif est double : premièrement comprendre les
mécanismes de résistance à ce médicament dans ce type de traitement
dans le cadre d'essais cliniques et, évidemment, contourner ces
résistances pour développer des traitements adjuvants ou améliorer la
pénétration et l'efficacité médicale de ce médicament. Evidemment nos
travaux contribueront à augmenter les revenus de l'entreprise
'Aventis'. Mais cette valorisation économique permettra d'engranger des
revenus qui permettront de financer une recherche publique aujourd'hui
chichement dotée par l'Etat. Nous avons également un bon partenariat
avec l'Institut Pasteur. Il est d'ailleurs étonnant qu'on ignore en
France que Pasteur a un excellent taux de retour sur investissement
pour sa recherche fondamentale (40 % de leur budget consolidé provient
des redevances de leurs brevêts). Voilà le genre de dynamique qu'il
faudrait impulser dans les EPST...
...pour redynamiser la recherche française ?
A mon avis il faudrait deux choses tellement simples qu'elles sont
probablement impossibles à réaliser. La première consisterait à
décréter l'incompatibilité stricte du cumul des fonctions. Quand on
regarde tous les problèmes que l'on a rencontrés au cours des années
passées, on constate que les conflits d'intérêts sont dus a des gens
qui sont à la fois juges et parties. Personnellement, je me suis retiré
de toutes les instances d'évaluation en France, je ne fais plus
d'expertise qu'au niveau européen et international. Je pense que nos
EPST ne devraient avoir que des experts externes. La deuxième chose est
encore plus irréaliste, il s'agirait de dégraisser notre épouvantable
bureaucratie scientifique. Quand je suis revenu en France en 1983, je
pouvais prendre mon téléphone, discuter avec le directeur des SDV, et
il me donnait rendez-vous le lendemain. En discutant avec lui un quart
d'heure, je pouvais obtenir un budget de 500 000 F pour le laboratoire.
Aujourd'hui, un chercheur de trente ans, qui veut faire la même chose,
il lui faudra faire des tonnes de paperasserie et six mois d'aller et
retour... Donc, je propose de faire une expérience 'à la Claude
Bernard', on enlève toute les couches intermédiaires de
l'administration et on regarde : le système se remettra peut-être à
fonctionner spontanément.
Question d'éthique, la brevetabilité du vivant
Pour moi, l'histoire commence en fait avec Bernard Barataud qui reçoit
un appel du commandant Cousteau, qui était venu visiter le Généthon. Il
lançait sa pétition internationale pour les droits des générations
futures, une initiative qui a été à l'origine du sommet de Rio. Il
avait convaincu le président Mitterrand que la France devait être le
premier pays à créer un comité dont la vocation serait de conseiller
les pouvoirs publics sur les conséquences du progrès technologique. Il
prévoyait un conseil composé de neuf personnalités dont trois par des
grandes associations d'intérêt général. Bref, l'AFM a proposé ma
candidature puisqu'on commençait à débattre de la manière d'exploiter
les résultats de la génomique. C'est ainsi qu'en 1992, Barataud et moi
avons été auditionnés par l'Office des Choix Technologiques et
Scientifiques. Derrière ces discussions, il y avait évidemment la
volonté des Américains de breveter des séquences de génomes qui allait
à l'encontre de toutes les pratiques habituelles. Pratiques qu'un
certain nombre de gens, notamment dans les milieux associatifs,
académiques, voire industriels, considéraient comme parfaitement
anormales. Je me suis donc retrouvé en quelque sorte le porte parole de
cette contestation. J'ai publié des textes jusqu'au jour où François
Gros qui était un très bon ami de Federico Mayor, le secrétaire général
de l'UNESCO lui a suggéré que cela pourrait intéresser l'organisme
international. Finalement, en 1997, l'UNESCO a adopté une déclaration
sur le génome humain et les droits de l'homme qui a été présentée
l'année suivante à l'ONU et votée à l'unanimité de ses 186 délégations.