Docteur en
médecine et docteur ès sciences.
Carrière
hospitalo-universitaire et de recherche
Interne des hôpitaux
de
Paris (1963), chef de clinique (1969), docteur en médecine
(1969),
docteur ès sciences (1970), professeur agrégé
(1981), professeur
d'immunologie titulaire (1984).
Successeur, en 1983, de Jean
Hamburger à
la direction de l'unité Inserm 25 de recherches en
immunopathologie et
néphrologie (1983-1988), puis de recherches sur les maladies
auto-immunes : génétique, mécanismes et
traitements (1989-2003).
Directeur du DEA
d'immunologie de l'université Paris V (1998-2004), codirecteur
du
master d'immunologie des universités Paris V et Paris VII
(2004-).
Sociétés
savantes – Académies
Vice-président de la
Société internationale de transplantation (1995-1996),
président du
comité d'immunologie clinique de l'International Union of
Immunology
Societies (2000-2002), membre de l'International Myasthenia Gravis
Foundation.
Membre de l'Académie des sciences,
Institut de France (1985), secrétaire perpétuel depuis
2005, membre de
l'Académie nationale de médecine (1990), de
l'Académie nationale de
pharmacie (1990), de l'Académie royale de médecine de
Belgique (1994).
Principales autres
fonctions
Président du conseil
scientifique de l'Institut Gustave Roussy (1981-1987),
vice-président
du conseil scientifique de l'Institut Pasteur (1982-1984),
président du
conseil scientifique de la Ligue contre le cancer (1987-1997),
vice-président de l'université Paris V (1992-1995),
président de la
sous-section d'immunologie du conseil national des universités
(1995-1997), membre du conseil scientifique de l'Assistance publique
(1995-2001), du conseil d'administration de l'Institut Pasteur de Lille
(1999-2003).
Actuellement
Vice-président de la
Fondation pour la recherche médicale et président du
comité de la
recherche, membre du conseil d'administration de la Fondation Jean
Dausset, du conseil d'administration de l'Association Hubert
Beuve-Méry, du conseil d'administration de la Fondation de la
Maison de
la chimie, secrétaire général de la Fondation Day
Solvay, du comité de
la sécurité des vaccins auprès de l'OMS.
Activités
éditoriales
Rédacteur en chef du
Journal of Autoimmunity (depuis 1988).
Distinctions – Prix
Prix de la
Société
européenne d'investigation clinique (1976), grand prix de
l'Académie
des sciences - Prix Jaffé (1976), médaille d'or de la
Société
européenne d'allergologie et d'immunologie clinique (1978), prix
du
rayonnement français pour les sciences physiques et
médicales (1981),
prix Antoine-Laurent Lavoisier de l'université de Californie
(1993),
prix de l'Institut des sciences de la santé (1998), prix Barbara
Davis
de l'Université du Colorado (2000).
Chevalier de la
légion d'honneur, officier de l'Ordre national du mérite.
Principales
contributions scientifiques
C'est dans le champ de
l'immunologie que les recherches de Jean-François Bach se sont
développées. Ses travaux ont été, avant
tout, d'ordre expérimental chez
la souris (les souris lupiques NZB et les souris diabétiques NOD
notamment, remarquables modèles spontanés de maladies
auto-immunes),
avec, chaque fois que cela s'est révélé possible
le transfert des
résultats obtenus chez l'animal aux maladies humaines, notamment
pour
ce qui concerne les nouvelles stratégies
d'immunothérapie. C'est de
cette intrication entre la recherche fondamentale, ses concepts et ses
techniques, et l'investigation clinique que découlent les
progrès de la
connaissance médicale.
« C'est
Jean Hamburger qui m'a imprégné, au tout début de
ma carrière
scientifique, de sa vision moderne de la recherche médicale.
J'ai eu la
chance de m'y engager, alors que les bases fondamentales de
l'immunologie cellulaire commençaient tout juste à
être appréhendées » dit Jean-François Bach.
Et il poursuit : « Le
développement rapide de cette nouvelle discipline m'a permis de
m'entourer, au cours des quatre décennies de ma carrière,
d'un nombre
important de jeunes chercheurs grâce auxquels notre groupe a pu
établir
et maintenir jusqu'à aujourd'hui une présence
internationale ».
Découverte de la
thymuline, une hormone produite par le thymus
Depuis la fin des
années
1950, on connaissait le rôle majeur joué par le thymus
dans la
différenciation des lymphocytes T, responsables notamment du
rejet des
greffes, de la défense contre les virus et contre certaines
bactéries.
On savait que cette différenciation dépendait
d'interactions entre les
précurseurs lymphoïdes issus de la moelle osseuse et
l'épithélium
thymique. Avec ses collaborateurs, Jean-François Bach a
démontré
l'existence d'une hormone produite par l'épithélium
thymique, capable
d'induire les principaux marqueurs de différentiation des
lymphocytes T
à la surface des précurseurs lymphoïdes. Ils ont
isolé cette hormone à
partir du sang circulant et obtenu des quantités de peptide pur
suffisantes pour le séquençage avec les techniques de
l'époque.
Séquencée par leurs soins en 1977, cette hormone, la
thymuline, se
révéla être un peptide de neuf acides aminés
couplé à du zinc.
L'hormone synthétique stimule les réponses immunitaires
dans différents
modèles in vitro et in vivo. Ils ont démontré son
activité
thérapeutique chez l'homme et dans certains déficits
immunitaires et
dans la polyarthrite rhumatoïde. Plus récemment, et de
façon
inattendue, il est apparu que la thymuline et certains de ses analogues
ont une puissante activité analgésique au point que des
développement
pharmaceutique psont en cours pour cette indication.
Mise en évidence
du rôle des cellules T régulatrices dans le contrôle
de la reconnaissance du soi (l'auto-immunité)
Il existe chez tout
individu normal des cellules T autoréactives reconnaissant des
antigènes du soi propres aux différents tissus de
l'hôte. La question
était de savoir comment cette autoréactivité
était compatible avec
l'absence de manifestations pathologiques en dehors des cas de maladie
auto-immune avérée. Jean-François Bach et son
équipe ont été les
premiers à montrer, au début des années 1980, que
le principal
mécanisme expliquant ce paradoxe est lié à
l'existence de
sous-populations de cellules T régulatrices qui s'opposent
à la
différenciation des cellules T pathogènes responsables
des maladies
auto-immunes. Ces observations, qui furent initialement obtenues dans
le diabète auto-immun insulinodépendant chez la souris,
s'opposaient, à
l'époque, au dogme selon lequel l'absence d'auto-immunité
chez les
individus sains ne pouvait s'expliquer que par l'élimination ou
la
paralysie des cellules T autoréactives pathogènes.
[Désormais, le
concept d'immunorégulation est bien établi et fait
l'objet d'un très
grand nombre de recherches fondamentales et appliquées.]
Jean-François
Bach et son équipe ont poursuivi la caractérisation
phénotypique et
fonctionnelle des cellules T régulatrices intervenant dans le
contrôle
du diabète, de la gastrite et de la colite d'origine
auto-immune. Ils
ont récemment montré que, de façon surprenante,
des sous-populations
distinctes de cellules T régulatrices contrôlent la
survenue de ces
trois maladies. Ils ont également commencé à
décrypter les gènes et les
molécules impliqués dans ces phénomènes
d'immunorégulation.
Un nouveau traitement du
diabète insulinodépendant
Le traitement de cette
affection, fréquente et sévère, est encore
uniquement palliatif,
reposant sur l'administration chronique d'insuline, mais incapable
aujourd'hui d'en prévenir les complications
dégénératives, notamment
vasculaires. La mise en évidence de l'origine auto-immune de ce
type de
diabète devait logiquement conduire à tenter
d'arrêter le cours de la
maladie par une action pharmacologique directe sur les lymphocytes T
impliqués. En 1985, Jean-François Bach et son
équipe ont effectué un
essai thérapeutique randomisé, qui, pour la
première fois, a démontré
de façon incontestable l'efficacité d'un traitement
immunosuppresseur
(fondé sur l'emploi de la cyclosporine) chez des patients au
diabète
récemment déclaré. Des rémissions
complètes et durables de la maladie
furent obtenues. Malheureusement, le maintien des rémissions
imposait
la poursuite du traitement, ce qui était difficilement
acceptable pour
des jeunes malades qu'il n'était pas raisonnable d'exposer aux
risques
d'une immunosuppression prolongée. Ils ont donc recherché
de nouvelles
méthodes permettant de restaurer la tolérance immunitaire
au soi (en
l'occurrence, vis-à-vis des antigènes des cellules
ß des îlots de
Langerhans productrices d'insuline). Ils ont atteint leur but, en 1994,
chez la souris NOD, un modèle expérimental de
diabète auto-immun. La
simple administration pendant cinq jours consécutifs à
ces animaux
récemment devenus diabétiques d'un anticorps monoclonal
dirigé contre
la chaîne du complexe CD3 lié au récepteur des
cellules T pour la
reconnaissance de l'antigène induit leur a permis d'obtenir une
rémission définitive de la maladie. Cette
rémission fait intervenir
pour l'essentiel des cellules T régulatrices du type de celles
décrites
plus haut, dépendantes d'une cytokine, le TGF-ß
(Transforming Growth
Factor ß). Ces résultats spectaculaires obtenus chez la
souris les a
conduits à mettre en place un protocole thérapeutique
chez l'homme
reposant sur les mêmes principes. Il avaient, depuis longtemps,
dans le
champ de la transplantation d'organes, étudié le mode
d'action et les
effets secondaires des anticorps anti-CD3, les premiers anticorps
monoclonaux utilisés en thérapeutique humaine quelques
années à peine
après la découverte des hybridomes. Le fort pouvoir
mitogénique des
anticorps anti-CD3, à l'origine d'effets secondaires
sévères liés à une
libération massive de cytokines, rendaient leur utilisation
difficile
dans les maladies auto-immunes. Grâce à
l'accessibilité récente à un
anticorps génétiquement modifié non
mitogénique, ils ont pu mettre en
place un essai randomisé chez 80 patients aux diabètes
récemment
déclaré. Les résultats de cet essai, qui vont
être publiés dans le New England Journal of Medicine,
démontrent que l'effet thérapeutique qu'ils avaient
décrit chez la
souris est retrouvé chez l'homme. 75% des malades traités
sont devenus
insulino-indépendants et le restent 18 mois après un
traitement de
seulement une semaine. Cette stratégie, qui ouvre comme
espéré la
perspective d'une guérison de la maladie, devrait pouvoir
être
appliquée à la majorité (sinon à la
totalité) des malades diabétiques
récents, le jour où l'information des médecins et
des malades permettra
un diagnostic plus précoce de la maladie. Des données
expérimentales et
cliniques indiquent également que cette même approche
pourra être
étendue à d'autres maladies auto-immunes, notamment
à la sclérose en
plaques, à la polyarthrite rhumatoïde, à la maladie
de Crohn et au
psoriasis.
Rôle de
l'environnement
dans l'augmentation de la fréquence des maladies allergiques et
auto-immunes dans les pays industrialisés
Des arguments
épidémiologiques indiquaient depuis plusieurs
années que l'augmentation
de la fréquence des maladies allergiques et, notamment, de
l'asthme
pouvait être liée à la diminution des infections
observée depuis plus
de deux décennies dans les pays industrialisés.
Jean-François Bach et
son équipe ont réuni un ensemble d'arguments
épidémiologiques,
cliniques et surtout expérimentaux confirmant cette
hypothèse et
l'étendant aux maladies auto-immunes, en particulier au
diabète
insulinodépendant et à la sclérose en plaques. Des
expériences
réalisées chez la souris NOD ont montré le
rôle essentiel joué par la
stimulation des récepteurs Toll dans cet effet protecteur des
infections. Au delà de l'explication que cette hypothèse
apporte à
l'augmentation considérable de la fréquence de survenue
des maladies
allergiques et auto-immunes, et peut-être de certains lymphomes
et
leucémies, ces observations ouvrent des perspectives
thérapeutiques
importantes, en fournissant l'espoir de pouvoir substituer aux
infections « protectrices » l'administration de produits
définis issus
d'agents infectieux.
Cet intérêt
pour le rôle de
l'environnement dans l'étiologie des maladies auto-immunes avait
déjà
amené Jean-François Bach à mettre en œuvre, et
mener à bien, une
campagne d'éradication du rhumatisme articulaire aigu aux
Antilles
françaises, ce qui a permis la disparition de cette maladie en
moins de
dix années. Cette pathologie était à l'origine de
la majorité des
affections cardiaques acquises de l'enfant, au point de
représenter une
des premières causes d'hospitalisation dans les services de
pédiatrie.
Fait intéressant, dans ce cas particulier, l'environnement ne
joue pas
un rôle protecteur mais un rôle déclenchant : la
maladie est due à
l'existence de déterminants antigéniques communs entre
les
streptocoques et le tissu cardiaque.
Autres contributions
Parmi les autres
contributions scientifiques de Jean-François Bach, il convient
de mentionner particulièrement :
- La mise en
évidence du
premier marqueur des cellules T chez l'homme, les rosettes E
formées
par les hématies de mouton qui se fixent à un
récepteur des lymphocytes
T que l'on sait aujourd'hui être la molécule CD2
- La démonstration
des
effets immunologiques de la thymectomie à l'âge adulte. On
pensait
initialement que seule la thymectomie néonatale
influençait les
réponses immunitaires. Jean-François Bach a montré
que la thymectomie
réalisée chez la jeune souris adulte avait des effets
importants sur
certaines sous-populations lymphocytaires T exprimant des fonctions
régulatrices
- La mise en
évidence d'un
déficit de la sécrétion d'hormone thymique et des
fonctions
immunorégulatrices dans les maladies autoimmunes, qui contribue
à
l'émergence et à la chronicité de ces maladies
- La première
démonstration
de l'association d'une maladie autoimmune, la myasthénie,
à un
polymorphisme du gène codant pour l'antigène cible, le
récepteur de
l'acétylcholine
- La mise en
évidence de nouveaux gènes de prédisposition au
diabète autoimmun chez la souris NOD
- La dissection des
spécificités et des activités fonctionnelles des
autoanticorps
impliqués dans le lupus érythémateux
disséminé humain, notamment des
anticorps anti-ADN, antinucléosome et anti-protéine 2GP1,
dont ils a
été le premier à démontrer
l'activité anti-coagulante. Ces travaux
éclairent la pathogénie de cette maladie autoimmune
complexe et sévère
dont il apparaît que chaque manifestation pathologique est due
à un
autoanticorps particulier.
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