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| Entretien avec Michel Fardeau
(N. Givernaud, J-F Picard, le 20 novembre 2001 à la Salpetrière. Script Anne Lévy-Viet) |
|
![]() Photo M. Depardieu Inserm |
Une formation
de médecin et de chercheur
Je suis
entré à la Salpêtrière en tant qu'externe
alors que je n'avais que dix huit ans. Cela fait donc plus de cinquante
ans que je suis dans cet hôpital et je continue d'y être
actif. Mais ma position a toujours été atypique et elle le
reste. J'y ai passé toute ma carrière sous le feu des
escopettes parce que j'étais à la fois médecin,
directeur d'une unité Inserm et chercheur au CNRS, un organisme
que j'ai dû quitter lorsque j'ai pris un enseignement au
Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). J'ai une
double formation psychiatrique et neurologique et j'ai eu la chance de
faire mon internat en pédiatrie et en médecine adulte.
Ensuite, j'ai fait ma thèse sous la direction de René
Couteau tout en travaillant dans le laboratoire de neuropathologie
dirigé par Jean Labresle, c'est-à-dire dans l'orbite du
service de monsieur Garcin. C'est ainsi que le premier groupe de
neurochimie et de microscopie électronique, que nous avions
formé avec Jean-Pierre Changeux, Jean Massoulier et d'autres
représentants des futures neurosciences, a pu fonctionner en
grande partie parce que nous bénéficions du rayonnement de
René Couteau. C'était un homme extraordinaire,
extrêmement cultivé tant dans le domaine littéraire
que scientifique. C'est lui qui, jeune chercheur, avait fait la
découverte capitale de la structure de la jonction
neuromusculaire.
Le
laboratoire de neuropathologie de la Salpêtrière
À la
Salpêtrière, nous nous étions orientés
très tôt vers la pathologie héréditaire, ce
qui est resté l'une de nos spécificités. Dans
toutes les maladies musculaires, il y a une partie acquise qui est
d'ordre auto-immunitaire et une partie génétique, beaucoup
plus importante sur le plan quantitatif. Les maladies neuromusculaires
constituaient alors un monde très compliqué sur lequel des
étiquettes nosologiques avaient été mises à
la fin du dix-neuvième siècle, mais dont plus personne ne
se préoccupait. C'était donc un merveilleux champ de
travail. Au laboratoire de neuropathologie, grâce à l'aide
de la DGRST, j'ai créé en 1962 à la
Salpetrière le premier service de recherche de microscopie
électronique dédié à la biologie et la
pathologie du tissu musculaire. Au départ, nous faisions tout
dans le labo, aussi bien la peinture, l'électricité, la
maçonnerie que la neurochimie Tout s'improvisait et se faisait
dans la joie, sans aucun statut. Le groupe a grossi progressivement et
nous avons été financés comme action
concertée de la DGRST. Nous étions logés dans le
"grenier" de la division Risler. La cholinergique, la
structure du muscle, est sortie de ce groupe dont nous étions,
Maurice Israël et moi, les deux leaders. Maurice s'occupait de
toute la partie neuro-chimie-cholinergie et moi de la microscopie
électronique. J'ai travaillé avec Maurice Israël
jusqu'à ce qu'il rejoigne l'unité de Jacques Glowinski à Gif-sur-Yvette, chez Stanislas Touque, tandis que
moi-même je m'installais au Fer à Moulin.
Le
réveil de la neurophysio-pathologie
En 1956, il s'est
produit une rupture dans la neurophysiologie avec l'irruption de
nouveaux concepts et de nouvelles techniques. Des hommes comme Jean
Scherrer, Louis Halpern, Alfred Fessard et René Couteau avaient
compris que les choses étaient en train de changer et ils ont
soutenu nos débuts à la Salpetrière (plus tard, en
1987 notre génération a subi le même choc avec la
génétique moléculaire). En 1965 à Zurich,
lors du premier congrès international de neuropathologie on a
inscrit les maladies musculaires et nous étions cinq rapporteurs,
trois personnes de la génération précédente
et deux jeunes, un médecin américain, Eric Kandel ( ?), et
moi. Je participais à ce congrès pour la microscopie
électronique et lui pour la cytochimie mais entre nous et les
trois autres personnes, il y avait un tel fossé de
génération que cela a fait rire l'auditoire. Mon
collègue américain a écouté mon intervention
puis il m'a attendu et m'a dit "Nous n'avons rien à
faire ici, allons discuter sur le lac". Nous avons alors
commencé une collaboration qui ne s'est jamais interrompue et un
an et demi plus tard je suis parti chez lui au NIH en 1967. Cette
période a été très importante pour moi, j'ai
découvert des façons de travailler très
innovantes. J'échappais soudain à la pression du milieu,
j'étais presque au paradis ! Quant au premier congrès
international des maladies musculaires, il a eu lieu à Milan en
1969 et il a réuni la vingtaine de spécialistes qui
existaient dans le monde, tous avec le même profil,
c'est-à-dire une double formation de neurologie et de
pédiatrie plus quelques généticiens.
Les
événements de 1968
Quand je suis
rentré des Etats-Unis en mai 1968, je me suis retrouvé
plongé dans le mouvement contestataire. J'étais
perçu comme la personne qui, de l'intérieur, pouvait
s'opposer au mandarinat hospitalo-universitaire tandis que le groupe que
j'avais créé avait déjà une certaine
audience au point de vue scientifique. Quoique jeune chargé de
recherche, j'ai été propulsé comme
représentant du monde de la recherche au CHU
Salpêtrière. J'ai aussi fait partie du comité
d'action du CHU Saint-Antoine avec Philippe Lazar et nous avons
commencé la rédaction du statut des travailleurs
scientifiques que nous avons repris et fait aboutir en 1981. Il y avait
aussi des gens comme Jean-Pierre Bonvalet ou François Kourilsky que j'ai retrouvés plus tard au conseil de direction de l'Inserm.
Le
laboratoire du Fer à Moulin
En 1971 le groupe
de la Salpêtrière est devenu l'équipe de recherche
107 du CNRS. Lorsque le neuropathologiste Jean Gruner a
été nommé directeur de recherche, il a
souhaité regrouper dans une même unité trois
équipes qui lui semblaient prometteuses. Outre la mienne, Il y
avait celle de Constantino Sotelo (désormais directeur de
l'U.106) et celle de Jean-François Foncin, un neurologiste de
l'Ecole des Hautes Etudes. En 1976 j'ai fait une demande d'unité
Inserm qui a été acceptée (U. 106). Mais
l'année suivante nous avons été chassés de
la Salpêtrière parce que le plan directeur du CHU
prévoyait la suppression de notre division pour construire
à la demande de Jérôme Lejeune un institut qui
devait s'appeler "de la Vie" (ou "de la naissance
" ). Nous avons résisté deux ans, puis quand les
canalisations de fluides ont été coupées, nous
avons dû déménager. J'ai donc fini par accepter une
unité que Constant Burg, le directeur de l'Inserm, me proposait
d'installer au Fer à Moulin et quoique chercheur CNRS, j'ai
dirigé une unité Inserm ce qui m'a donné l'occasion
de vivre les relations parfois délicates entre les deux
établissements. Au Fer à Moulin, nos thématiques
ont évolué au fil des années. L'unité que
j'ai recomposée avec les chercheurs qui m'accompagnaient
(d'appartenance CNRS ou Inserm) a grossi jusqu'à atteindre
quatre-vingt personnes. Nous nous étions orientés vers les
problèmes de cultures cellulaires, en particulier sur les
cultures couplées, avec toujours le problème de
l'identification des maladies musculaires. Notre orientation axée
sur les relations nerf muscle était de nature physiopathologique.
C'est à cette époque qu'ont commencés à
être utilisés les modèles animaux. Nous avons fait
les premières greffes cellulaires en 1983. Nous avons sans doute
été parmi les premiers à montrer qu'on pouvait
reconstruire du muscle à partir des greffes de cellules
satellites. C'était une ouverture expérimentale, mais on
ne pensait pas à une transposition immédiate aux
pathologies humaines.


L'Association
Française contre les myopathies (AFM)
Du fait de notre
travail sur les maladies musculaires, nous avions des liens avec l'AFM
qui était alors dirigée par le dr. Jean Demos. En 1978,
après moult discussions, l'AFM cherchait à
réorienter son soutien au profit de certaines formations de
recherche. René Cadoret et Bernard Barataud, ses nouveaux responsables,
ont alors contacté François Gros d'une part et moi de
l'autre. Nous avons l'un comme l'autre été conquis par
l'intelligence et l'altruisme de ces deux hommes qui, sans être
des scientifiques, avaient compris que des percées scientifiques
étaient porteuses d'un renouvellement complet de la
prévention et probablement du traitement des myopathies. Si ni
eux ni leurs enfants ne pourraient en bénéficier, cela
deviendrait vrai pour les générations suivantes
expliquaient-ils de manière admirable. Sans nous connaître,
François Gros et moi, nous avons réagi de la même
façon en disant que nous étions d'accord pour travailler
avec l'AFM à la condition qu'il y ait une réunification
des différentes fractions de ces associations de malades. Il y
avait entre eux et nous une véritable communauté de vue,
peut-être parce que nous étions conscients de l'absence de
responsabilité et de la perversité du système
médical. Nous ne pouvions qu'êtres révoltés
par ses carences, reflet du traditionalisme d'une médecine sans
imagination qui ne cherchait pas à faire autrement que ce qui
était écrit dans les manuels. Quand un enfant était
atteint d'amyotrophie spinale, le conseil du médecin aux parents
était d'être gentil avec lui et de le laisser mourir le
plus vite possible. Il était entendu que cet enfant devait mourir
avant deux ans, qu'un autre atteint de myopathie de Duchenne allait
mourir à 14 ou 15 ans. Personne ne s'interrogeait sur les causes
ou l'évolution de ces maladies.
Améliorer
la qualité de vie des handicapés
Au tournant des
années 1980, les enfants atteints de maladies de type Duchenne
mouraient d'asphyxie progressive entre 15 et 18 ans. Gérard Gatin
qui a été mon élève à La
Salpetrière et au Cnam avait en charge de jeunes myopathes pour
leur assurer une forme de scolarisation et d'insertion professionnelle.
Un jour, alors que l'un de ses pensionnaires allait brutalement mourir
d'asphyxie il a eu le réflexe de l'intuber et de le
trachéotomiser. Le jeune myopathe s'en est sorti et s'est
considérablement amélioré. Gérard Gatin a
proposé au frère du jeune homme de la
trachéotomiser à l'avance puis progressivement cela s'est
répandu en France. Mais, à l'étranger, il y a
toujours très peu d'enfants trachéotomisés parce
que c'est une grosse responsabilité que de permettre de vivre
à de jeunes adultes qui vont finir tétraplégiques,
qui n'auront pratiquement plus de fonctions motrices mais qui garderont
leurs fonctions intellectuelles tout en restant complètement
dépendants de leur entourage. Aujourd'hui, en France, le fait que
70 à 80% des enfants atteints de cette maladie subissent une
trachéotomie les délivre de la hantise de l'asphyxie
progressive. Ils vivent maintenant comme vivaient les polios dans les
années 1960, certains travaillent à l'AFM, quelques-uns
uns dans des entreprises. Pour que ce bouleversement soit possible, il a
fallu que des médecins prennent conscience du
bénéfice de cette technique d'assistance respiratoire non
invasive dans les maladies neuromusculaires.
Les moyens
orthopédiques
De même, sur
le plan orthopédique, Bernard Glorion qui par la suite a
dirigé le Conseil de l'Ordre et Jean Dubousset qui est toujours
chirurgien orthopédiste à Saint-Vincent de Paul ont
été les premiers à régler les interventions
orthopédiques pour les dos, les bassins, les pieds.
C'est-à-dire pour mettre les malades dans des positions de
confort. D'autres tentatives ont existé dans ce domaine à
l'étranger, mais c'est en France que se sont faites les
premières prises en charges orthopédiques bien
réglées ce qui a transformé l'état des
enfants et leurs espérances de vies. Aujourd'hui certains sujets
atteints de la maladie de Duchenne sont des adultes parfois
âgés de plus de trente ans et leurs problèmes de vie
ont évolué puisqu'ils concernent la recherche d'un emploi
ou leur sexualité. À l'étranger, on a
cherché des solutions pharmacologiques, on a fait des essais
thérapeutiques classiques pour tenter de prolonger la
période ambulatoire de l'enfant. À l'inverse, en France,
on a pris le parti de maintenir la vie et l'autonomie avec la meilleure
qualité de vie possible, mais je pense qu'il faudra faire un jour
des comparaisons au niveau européen entre les groupes mis en
place en France et ceux qui existent en Grande-Bretagne par exemple.
Avec
François Gros au comité scientifique de l'AFM
L'AFM a d'abord
été animée par un comité de coordination
très `soixante-huitard'. Puis, malgré certaines
difficultés, nous avons créé son conseil
scientifique qui s'est réuni la première fois à
l'Institut Pasteur dans l'amphithéâtre Charcot. J'ai
présidé ce conseil pendant quatre ans, puis
François Gros a pris sa présidence. À partir de
1987 l'association qui était pauvre a vu ses moyens augmenter
considérablement grâce au Téléthon et
l'entreprise a changé d'échelle avec le
'Généthon', la construction de l'institut de biologie,
d'un réseau de consultation en France, etc. En fait, le
Généthon a été monté en
parallèle avec le conseil scientifique de l'AFM. Ses initiateurs
sont outre Bernard Barataud, Jean Dausset, Daniel Cohen et Jean Weissenbach. Je n'ai pas
très bien connu Daniel Cohen, par
contre j'ai été plus proche de Jean Weissenbach qui a
été l'initiateur du Généthon sur le plan
conceptuel et sur le plan technique.C'est une personnalité
très différente de celle de Daniel Cohen qui a une vision
plus manageriale de la recherche en même temps que
d'étonnantes qualités d'ingénieur.
Les
thérapies géniques
Au conseil
scientifique de l'AFM, à l'origine, ni François
Gros ni moi n'envisagions la possibilité des thérapies
géniques. Plutôt que de génétique on
évoquait la biologie du développement avec tous les
facteurs de détermination biogénique (travaux de
François Gros et Margaret Buckingham), les capacités de
production de cellules satellites,
l'hétérogénéité des myopathies, etc.
Le champ de réflexion des maladies héréditaires
s'ouvrait à d'extraordinaires perspectives expérimentales.
La génétique moléculaire qui était
déjà un instrument, est devenue la technique de base dans
le courant des années 1980 et nous avons commencé à
parler des possibilités d'application des greffes cellulaires. Il
me semble que la question des thérapies géniques a
commencé à être évoquée au
début des années 1990. Sans doute, cela se fera-il un
jour, mais ce sera alors l'une des parties de la thérapeutique
pour traiter ces maladies. Le fait que l'on puisse envisager de jouer
directement sur le génome, s'il est évidemment porteur
d'espoir, relève de progrès qui seront très
difficiles et très lents. Dans dix ou quinze ans, nous aurons
vraisemblablement tout un panel de thérapeutiques dont certaines
seront plus palliatives que d'autres. On développera les greffes
cellulaires. On aura sans doute fait des progrès sur la
pharmacologie du gène et de ses différentes cascades
intracellulaires, ce qui permettra certainement beaucoup de choses. Mais
la thérapie génique ne sera qu'une voie parmi d'autres.
Le Groupement
de recherche pour l'étude des génomes
Au début des
années 1990, j'ai participé à quelques
réunions du GREG, mais je ne m'y suis guère investi. Je
sais qu'il y a eu des conflits. J'ai très souvent entendu Bernard Barataud dire qu'il se fichait de la
mitochondrie et de la levure, qu'il représentait une association
de malades menacés de mort et que ce qui l'intéressait,
c'était les pathologies. De fait, je pense que dans les
négociations qui ont pu avoir lieu avec Hubert Curien ou certains
membres du gouvernement, il y avait l'idée implicite que les
développements de la génétique devaient avant tout
servir à l'élucidation de maladies musculaires humaines.
Mais j'ajoute que la partie fondamentale de la recherche ne doit jamais
être oubliée parce que tout ce que nous avons fait en
matière de recherche médicale vient de la recherche
fondamentale. Cela dit, il fallait que les crédits soient
ventilés de façon à ce qu'un certain nombre
d'équipes plus proches des versants pathologiques soient aussi
alimentées.
Les relations
de l'Inserm et de l'AFM ne semblent pas avoir été exemptes
de nuages
En tant que membre
du conseil de direction de l'Inserm (Codis), j'étais le seul
à pouvoir témoigner de la réalité et
à dissiper un certain nombre d'idées et de fantasmes qui
tournaient autour de l'AFM. À l'époque, certains
considéraient l'association comme le diable. Si on avait
perçu que cette association grâce à la puissance
qu'elle avait acquise allait modifier les équilibres à
l'intérieur de la communauté scientifique, les directeurs
de l'Inserm ou du CNRS savaient pertinemment que l'une de leurs
principales difficultés était liée à
l'extraordinaire inertie de leurs établissements comme à
leur faible marge de manoeuvre en termes budgétaires. Or, avec
l'AFM, il y avait soudain une possibilité de donner un coup
d'accélérateur considérable dans un secteur non
seulement très porteur, mais aussi riche d'une nouvelle
problématique dans l'approche des maladies rares. François
Gros et moi en étions convaincus, mais pas Philippe
Lazar ou Jean Pierre Bonvalet qui
représentait la rigueur du service public et qui se
méfiant de toute dérive, d'une médiatisation qu'ils
jugeaient inopportune. Je n'ai jamais réussi à convaincre
Philippe Lazar de notre point de vue. Cela étant, nous avons
assez d'estime réciproque pour savoir que nous n'agissons ni l'un
ni l'autre par intérêt personnel. Au Codis, nous
avions la volonté de ne pas interférer avec le conseil
scientifique de l'Inserm. Nous fonctionnions comme un cabinet de brainstorming,
une instance de réflexion. Lorsque Philippe Lazar exposait une
idée qu'il voulait mettre en forme, nous trouvions les arguments
contraires puis, dans un deuxième temps nous tentions de
dégager les éléments qui pouvaient structurer
cette affaire. C'était très agréable, nous
travaillions dans une ambiance amicale et détendue. Les
positions des uns et des autres traduisaient parfois leurs engagements
politiques ou syndicaux, mais un certain nombre des autres membres
avaient une position extérieure, de sage, comme Pierre Corvol, Josué Feingold ou
Jean-Claude Brouet qui essayaient de voir ce qu'il y avait de solide ou
non dans les positions des uns et des autres.
La recherche
médicale et les problèmes des handicapés
En 1980, mon fils
aîné, médecin et économiste, à
été victime d'une très grave encéphalite
herpétique alors qu'il travaillait en Tunisie sur les maladies
musculaires. Il est resté quatre mois dans le coma. J'ai alors
découvert ce que c'était que de vivre la cassure qui
provoque des déficiences graves. Dans les premières
discussions au Codis, chacun a évoqué les ouvertures ou
les carences dans le système de recherche médical ou de
recherche en santé et parmi ces carences, il était
question de l'ensemble des recherches dédiées aux
problèmes des handicapés. Avec la
bénédiction de Philippe Lazar, j'ai organisé une
concertation sur les axes de recherche à développer dans
ce domaine. Au départ nous étions un petit noyau de
personnes avec qui j'ai des affinités, de l'amitié puis
progressivement cela a pris du volume. L'Inserm a créé des
postes d'accueil, des unités de recherche dans le domaine des
sciences sociales puis, en 1985, j'ai rédigé un rapport
(titre : "réduire les handicaps") dans lequel je
proposais la création d'un enseignement dédié aux
problèmes de la prise en charge des personnes handicapées.
Jusque-là, cela manquait en médecine. Le mot handicap
n'étant même pas référencé dans la
table des matières des traités médicaux. En 1990,
après le premier `Téléthon', le directeur de la
Salpetrière que je connaissais bien et qui était soucieux
du problème des personnes handicapées a accepté ma
proposition de négocier avec l'AFM l'installation d'une
consultation à l'hôpital. Cela m'a permis de reprendre mes
consultations à la Salpêtrière et j'ai alors
partagé mon temps entre l'hôpital et le Fer à
Moulin.C'est ainsi qu'en 1996, nous avons pu créer l'Institut de myologie,
un centre de référence pluridisciplinaire regroupant des
chercheurs et des cliniciens qui nous a permis de mettre en place un
cursus d'enseignement.
|
L'Institut de myologie de
l'hôpital de la Pitié Salpétriêtre en 2004 par
Michel Fardeau
d'après
http://www.institut-myologie.org/ewb_pages/h/histoire_construction.php
L’Institut de Myologie a 8 ans… Souvenons-nous. Avant 1996, avant la
naissance de cet Institut, tous les services nécessaires à
la prise en charge des personnes atteintes de myopathie étaient
géographiquement dispersés : la consultation clinique
était installée dans la Division Risler, l’unité de
recherches et le traitement des biopsies se situaient rue du Fer
à Moulin, les consultations cardiologiques se faisaient à
Cochin, les scanners en ville, la spectroscopie RMN à Orsay,
quand ce n’était pas à Dijon… Pas simple de s’y retrouver
pour les médecins, d’organiser les rendez-vous pour le
secrétariat, surtout itinéraire long et épuisant
pour les familles, les patients, qui venaient de pratiquement toute la
France et parfois de beaucoup plus loin… L’ouverture de l’Institut
a tout changé... Consultations cliniques, explorations
cardiologiques et respiratoires, imagerie et spectroscopie RMN
étaient réunies en un même lieu, à
proximité immédiate de l’Unité de recherche. On
pouvait enfin développer les études physiologiques,
organiser des consultations pluridisciplinaires, avoir des chambres pour
que les personnes, les familles puissent se poser, se reposer entre les
examens. Les médecins engagés dans l’activité de
recherche n’avaient que quelques dizaines de mètres à
faire pour aller de la consultation à leurs labos, les lames des
biopsies étaient immédiatement consultables pendant les
consultations.. Les épreuves d’effort, les examens en
spectroscopie RMN pouvaient être réalisés sur place.
Tout cela conformément au projet formé aussi bien par les
familles que par les médecins depuis tant d’années. De
nouveaux programmes de recherche pouvaient se développer... dans
les dystrophies musculaires, les myopathies congénitales, les
atteintes métaboliques, les cardiomyopathies, les syndromes
myasthéniques congénitaux, grâce à cette
proximité et au "frottement" intellectuel
quotidien… Enfin, il était possible d’organiser un enseignement
spécifiquement dédié à la myologie ; cet
enseignement a aussitôt connu un vif succès à
l’échelle nationale, succès redoublé au niveau
international par la création d’une École
d’Été sur le même modèle, mélant
enseignement biologique fondamental et formation clinico-pathologique.
Cependant, tout n’était pas toujours simple... Le nombre
de médecins en charge de la clinique était très
réduit, leur statut souvent précaire ; devant l’afflux de
patients, les délais de rendez-vous ou de consultations
pluridisciplinaires s’allongeaient de plus en plus ; le
développement des programmes de recherche se heurtait aux murs de
l’unité ; il fallut rouvrir Risler pour y installer le
laboratoire de morphologie. L’arrivée de protocole de recherche
clinique augmentait notablement la pression de travail sur l’ensemble de
l’Institut. Malgré ces contraintes, les résultats majeurs
se succédaient... Découverte de l’implication du
gène de la lamine A/C dans les cardiomyopathies de type Emery
Dreifuss de transmission dominante, l’implication des canaux potassiques
dans les arythmies cardiaques avec QT long, celle du gène RYR1
dans les "Central Core Diseases" - en collaboration avec
nos collègues grenoblois – l’implication du gène de
l’ÉøÉ¿crystalline dans les cardiomyopathies
avec surcharge en desmine – en collaboration avec une équipe
voisine du CHU Pitié-Salpêtrière – la
découverte de l’implication d’une nouvelle classe de
protéines, les sélénoprotéines, dans les
Rigid Spine Syndromes et myopathies de type multiminicore, etc. Des
progrès substantiels étaient réalisés...
dans l’analyse des myopathies métaboliques et des maladies
mitochondriales, grâce à la proximité et
l’implication des équipes de physiologie et de spectroscopie RMN.
Surtout, des protocoles thérapeutiques nouveaux s’installaient,
en particulier les greffes des myoblastes squelettiques dans les
lésions ischémiques du myocarde, et un premier protocole
de thérapie génique de phase I dans les dystrophies de
Duchenne/Becker, avec un plasmide-dystrophine. Je n’ai volontairement
cité aucun nom... tant la liste de ceux et celles qui ont
contribué à ces résultats est longue. Toutes et
tous ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour la
réussite de cet Institut. Tous et toutes sont cependant bien
conscients qu’après huit années, il faut repenser bien des
choses pour son développement. Il faut pouvoir faire face
à la demande croissante de consultations, d’examens, et surtout
à la multiplication et à la complexité croissante
des protocoles de recherche clinique et des nouvelles pistes
thérapeutiques. Le périmètre de l’Institut devra
sans doute s’agrandir pour permettre le développement des voies
innovantes et affermir l’implantation de l’Institut sur le site de la
Pitié-Salpêtrière. Il faut penser à
redéfinir certaines fonctions de l’intérieur même,
et à la tête, de l’Institut. Avec les années, on ne
perçoit peut-être plus avec la même acuité
combien cet Institut a innové, combien important a
été et reste le lien direct, quotidien, établi
entre ceux qui cherchent, ceux qui soignent, et ceux et celles qui sont
frappés par la maladie. Cet esprit a, heureusement, aujourd’hui
tendance à diffuser. Difficile cependant de ne pas voir que dans
ce sens, l’Institut de myologie a été, à bien des
égards, exemplaire.
Les missions de l'Institut
Depuis sa
création en 1997 par l'Association française contre les
myopathies (AFM), création rendue possible grâce au
succès du Téléthon, l'Institut de myologie a
centré son développement autour de son objectif qui
était d'être un centre d'expertise dédié au
muscle et à la fois : un centre de
référence pour le diagnostic, la prise en charge et le
suivi des malades neuromusculaires . une plate-forme de recherche
clinique et fondamentaleun centre de
formation et de diffusion de la myologie.
Afin
d'atteindre son objectif , l'Institut de Myologie s'est fixé les
missions suivantes : favoriser
l'existence et la reconnaissance de la myologie; rassembler sur
un même lieu, recherche fondamentale et clinique, soins et
enseignement; regrouper des
moyens d'investigation performants pour le diagnostic et les soins; créer
un centre d'expertise et de référence sur le muscle et sa
pathologie, mettre en
place des programmes de recherche clinique coordonnés; participer au
développement de nouvelles thérapeutiques; apporter aux
familles un accueil, une écoute et une expertise médicale
adaptées;former et
informer pour faire mieux connaître et reconnaître ces
maladies.
L'ensemble
de la structure de l'Institut de Myologie est placé sous la
direction médico-scientifique du Pr Michel Fardeau. La
coordination de la structure incombe à l'AFM qui nomme un
Secrétaire Général. Directement rattaché
à la Direction Générale de l'AFM, l'Institut de
Myologie fait l'objet d’une présentation budgétaire
séparée auprès du Conseil d’Administration de l’AFM.
Outre la coordination et l'enseignement, les activités de l'Institut sont schématiquement être divisées en 5 pôles d'activité : l'unité clinique de pathologie neuromusculaire ;> le laboratoire de physiologie neuromusculaire ; le laboratoire résonance magnétique nucléaire (RMN) ; l'Unité Inserm U582 ; le laboratoire de morphologie neuromusculaire. À noter, fin 2004, l'arrivée d'un sixième pôle au sein du périmètre de l'Institut : la Banque de tissus pour la recherche (BTR). L'Institut de Myologie en 2004, c'est :
2 704 consultations neuromusculaires (2 400 en 2003, + 13 % de
croissance)
400 consultations de génétique spécifiques aux pathologies neuromusculaires sur 3 052 au total (soit environ 15 % des consultations de génétique) < 1 368 hospitalisations de jour (1 218 en 2003, +12 % de croissance) Faits
marquants
Caractérisation
de nouveaux syndromes myasthéniques congénitaux
Développement d'un électromyogramme non invasif Etude par RMN de l'électrotransfert de gène dans le muscle Etude de l'administration de DHEA sur la fonction musculaire Développement de modèles murins de cardiopathie CMH et de dystrophies DMED Première démonstration de mutations du gène MuSK, etc. |