notice extraite de http://infodoc.inserm.fr/histoire
Bernard Halpern (1904 - 1978)
Bernard Halpern est né en 1904 à Tarnos-Ruda, en Ukraine,
dans une famille juive de huit enfants. Il apprend, dans sa famille, le
polonais, le russe, le yiddish et l’hébreu. Un
prêtre de l’église uniate enseigne, en cachette,
à cet élève surdoué le latin,
l’allemand, le français et les mathématiques. En
1915, il est déporté avec sa famille en Sibérie
dans un camp de travaux forcés. Libérée par les
bolchéviques, la famille Halpern rentre en Ukraine en 1917. En
1920, lors d’un pogrom, leur village est alors
dévasté par une bande de cosaques auxquels Bernard
Halpern parvient à échapper. Il monte dans un train de
prisonniers allemands qui rentrent chez eux et rejoint seul, à
16 ans, la Pologne où il s'installe sans papiers ni argent. Il
achève ses études secondaires, vivant de leçons
données à ses petits camarades. Après son
baccalauréat, il obtient un visa pour la France. Il s'installe
d'abord à Nancy, en 1925, où il s'inscrit à la
faculté de médecine. En 1928, il vient poursuivre ses
études à Paris.
En 1929, il est externe des hôpitaux et travaille en
parallèle dans le laboratoire de biologie expérimentale
du professeur Jean Gautrelet à la faculté de
médecine de Paris. Entré comme garçon de
laboratoire, il en devient rapidement un des principaux collaborateurs.
En 1932, il obtient un certificat de physiologie générale
à la faculté des sciences de Paris et est nommé
chargé de cours à l'Ecole pratique des hautes
études.
En 1933, il rencontre Jean Hamburger qui est venu suivre le cours de Jean Gautrelet.
En 1936, Bernard Halpern est docteur en médecine (sa thèse porte sur le venin de vipère).
Ne pouvant postuler à une carrière académique au
sein de l’université, du fait d’une
réglementation qui requiert cinq années de
résidence après la naturalisation, il se tourne vers
l’industrie et, en 1937, débute sa carrière dans
les laboratoires de recherche de la société
Rhône-Poulenc comme directeur de recherches en pharmacologie,
sous la direction du professeur Marcel Delépine. Ses travaux le
conduisent à étudier le rôle des médicaments
anti-histaminiques dans le traitement de diverses formes
d’allergie. C’est l’époque des débuts
de la pharmacologie et de l’industrie pharmaceutique, quelque
temps après que la chimie allemande ait, en 1932,
synthétisé les premiers médicaments, les
sulfamides. C’est une époque où la pharmacologie
française est au plus haut, avec, notamment, les
découvertes des anti-histaminiques par Daniel Bovet, alors
à l’Institut Pasteur à Paris. Dans cette
période bouillonnante, au début de l’ère
thérapeutique, Bernard Halpern est un acteur majeur qui
contribue largement aux succès de la société
Rhône-Poulenc et à la place de la France dans cette
compétition en voie d’émergence.
En 1940, Bernard Halpern doit quitter Paris et se réfugier en
zone sud où il exerce la médecine générale
dans un village de l’Ardèche jusqu’à ce que
la législation de Vichy le lui interdise.
En 1942, il trouve à nouveau refuge dans les laboratoires de
Rhône-Poulenc nouvellement installés à Lyon, en
zone libre. Dans ces circonstances pourtant tragiques, il
démontre l’utilité anti-allergique de
l’Antergan®, premier anti-histaminique utilisé en
clinique humaine. Cette découverte attire l’attention des
autorités allemandes, car ces substances permettent
également de prolonger la durée de vie des poches de
transfusion sanguine. Bernard Halpern parvient cependant à leur
échapper en se réfugiant en Suisse avec sa femme et ses
enfants.
En 1945, il quitte Rhône-Poulenc et entre au CNRS comme
maître de recherche dans le laboratoire de Pasteur-Vallery-Radot
à l'hôpital Broussais.
En 1947, il est nommé chef de laboratoire à la faculté de médecine de Paris.
En 1948, il est directeur de recherche au CNRS, puis directeur
d’études à l’École pratique des hautes
études.
En 1955, il est directeur du centre de recherches allergiques et
immunologiques de l’Association Claude Bernard/Institut national
d’hygiène (INH) à l’hôpital Broussais.
L’INH devient l’Inserm en 1964 et Bernard Halpern en
dirigera l’unité de recherche 20 (1964-1965).
L’intitulé de cette unité devient «
Recherches en immunobiologie » en 1966 et il la dirigera
jusqu’en 1976.
En 1959, il est nommé directeur à l'Ecole pratique des hautes études.
En 1961, Bernard Halpern est élu à la chaire de
médecine expérimentale au Collège de France,
occupée précédemment par François Magendie,
Claude Bernard, Charles Nicolle et René Leriche.
Bernard Halpern est décédé le 23 septembre 1978 à Paris.
Instances scientifiques et de gestion de la recherche
Membre de la commission de médecine du CNRS (1959), membre du
secrétariat général de la recherche scientifique
et technique à la Délégation
générale à la recherche scientifique et technique
(DGRST).
Membre des commissions scientifiques spécialisées de
l’Inserm « Génétique, immunologie et
pathologie moléculaire » (1964-1967) et «
Génétique, immunologie et pathologie moléculaire
» (1968-1974), membre du conseil scientifique de l’Inserm
(1964-1968).
Sociétés savantes – Académies
Membre de l’Académie de médecine et de
l’Académie des sciences – Institut de France (1964).
Distinction - Prix
Médaille d'argent (1936), Prix Louis (1945) et Prix Jansen (1946) de l’Académie de médecine.
Prix Montyon de physiologie (1945), Prix Roy Vaucouloux (1956) de
l’Académie des sciences – Institut de France.
Médaille d'argent du CNRS (1956), médaille d’or du CNRS (1971).
Chevalier de l'Ordre de la santé publique (1959).
Officier dans l'Ordre national du mérite, commandeur de la Légion d'honneur.
Hommages à Bernard Halpern
Tous les deux ans, un symposium d’immunologie Bernard Halpern
rend hommage à cette immense personnalité. (site du
Collège de France, symposium 2004, 2008)
Le prix Bernard Halpern, créé par Renée Halpern,
son épouse, a été décerné
annuellement entre 1979 et 2000.
Un timbre-poste à l’effigie de Bernard Halpern a
été frappé en 1987, qui fait partie d'une
série sur les savants français.
Une place à Paris, dans le 5ème arrondissement, porte son
nom, ainsi qu'une avenue à Créteil, sans compter une rue
au Mesnil-Théribus (60) où est située la maison de
campagne à laquelle il était très attachée.
Oeuvre scientifique
Dès 1934-1935, en étudiant les venins de serpents,
Bernard Halpern s'intéresse aux médiateurs chimiques
endogènes. Il suggère que le venin de vipère agit
par libération de l'histamine endogène. Ainsi, dès
1935, Halpern avait pressenti que certains processus pathologiques
relevaient d'un mécanisme indirect impliquant la mise en
liberté de substances toxiques contenues normalement dans les
cellules. Par des manipulations in vitro, il étudiera, plus tard
le mécanisme de l'anaphylaxie (phénomène
d'hypersensibilité),
Dans les laboratoires de Rhône-Poulenc, Bernard Halpern
s’est essentiellement consacré à l'étude des
applications thérapeutiques des antihistaminiques. En 1937,
Bovet et son assistant Staub, travaillant à l'Institut Pasteur,
rapportaient l’action de dérivés de la
diéthylamine, préalablement synthétisés par
Fourneau, qui s’opposaient à certaines actions de
l’histamine. En raison de leurs très mauvaise
tolérance à faible dose, tant chez l’homme que chez
l’animal, les recherches avaient alors abandonnées. En
1942, Rhône-Poulenc développe l’Antergan®, dont
Bernard Halpern étudie, notamment sur le plan clinique, les
propriétés anti-histaminiques et anti-anaphylactiques. En
1945-1946, Bernard Halpern décrit les propriétés
physiologiques et les effets thérapeutiques des
dérivés de la phénothiazine et, en particulier,
ceux du Phénergan®. Par ailleurs, il montre que ces
substances ont une action sédative sur le système nerveux
central en relation avec leur action adrénolytique et
antihistaminique centrale.
Dans le laboratoire de Pasteur-Vallery-Radot, Bernard Halpern travaille
sur l'anaphylaxie et les problèmes d'hypersensibilité, ce
qui le conduit à étudier des mécanismes
généraux de l'immunité. Il montre ainsi que les
phénomènes immunitaires et les phénomènes
d'hypersensibilité relèvent du même
mécanisme fondamental : « Dans un premier stade, il y a
reconnaissance, par certaines cellules spécialisées, de
la nature hétérologue de la substance ou de la cellule
(greffe). Cette information est transmise à d'autres populations
cellulaires qui réagissent par l'élaboration de
globulines spéciales appelées anticorps ».
En 1950, Bernard Halpern fait des recherches expérimentales sur l'équilibre hydrique avec Jean Hamburger.
Son activité clinique et ses travaux de recherche se
déroulent alors à l’hôpital Broussais
où il accueille dans son service de clinique des maladies
allergiques des élèves du monde entier et diversifie ses
travaux de recherche. Parmi ses proches collaborateurs, on peut
mentionner Alain Zweibaum, Guido Biozzi, Claude Stiffel et Baruj
Benacerraf, futur prix Nobel, qui retournera aux États-Unis
après avoir passé huit ans chez Bernard Halpern.
Entre 1951 et 1959, avec ces derniers, Bernard Halpern travaille sur le
système réticulo-endothélial. Ce système a
comme activité essentielle la phagocytose qui contribue à
la lutte de l’organisme contre l'invasion microbienne, mais qui
contribue également à débarrasser
l’organisme des déchets cellulaires. Bernard Halpern tente
de mieux comprendre ce phénomène, de façon
expérimentale, afin de connaître les lois qui le
régissent ainsi que ses réactions et ses
responsabilités dans certaines maladies.
Le rôle de l'histamine dans les réactions
d'hypersensibilité a été le fondement de ses
recherches au cours des années 1950-1965.
Bernard Halpern remet en cause les théories de Franck Burnet,
co-lauréat du prix Medawar pour le prix Nobel, selon lesquelles
la définition individuelle de tolérance immunitaire
(reconnaissance du soi et rejet du non-soi) est due au fait que les
populations cellulaires compétentes, capables d'induire la
formation d'anticorps contre les éléments propres de
l'organisme, s'éteignent au moment de la naissance, en ne
laissant que des clones cellulaires qui sont capables de
reconnaître les éléments antigéniques.
De 1960 à 1976, une des lignes de recherche les plus importantes
de Bernard Halpern concerne le sérum antilymphocytaire,
destiné à pallier le problème de rejet des greffes.
En 1964, il découvre la tendance des cellules cancéreuses
à s'agglomérer en tumeur dans un organisme en mouvement.
Timbre-poste à l'effigie de Bernard Halpern (1987)
Les travaux de Bernard Halpern et de ses
collaborateurs ont fait l’objet d’environ 300 publications
dont plusieurs dans des revues scientifiques internationales
prestigieuses.
Sélection des principales publications
- Halpern BN, Wood DR. The action of promethazine (phenergan) in
protecting mice against death due to histamine. Br J Pharmacol
Chemother 5: 510-6, 1950.
- Halpern BN, Bourdon G. Comparison of the efficacy of phenergan and of
neoantergan in the protection of the adrenalectomized mouse against
histamine intoxication. C R Seances Soc Biol Fil 145: 1005-8, 1951.
- Halpern BN, Benacerraf B, Briot M. The roles of cortisone,
desoxycorticosterone, and adrenaline in protecting adrenalectomized
animals against heemorrhagic, traumatic, and histaminic shock. Br J
Pharmacol Chemother 7: 287-97, 1952.
- Halpern BN, Briot M. Effect of adrenal cortex hormones on the
metabolism of endogenous histamine. Rev Fr Etud Clin Biol 1: 151-63,
1956.
- Halpern BN, Biozzi G, Benacerraf B, Stiffel C. Phagocytosis of
foreign red blood cells by the reticulo-endothelial system. Am J
Physiol 189: 520-6, 1957.
- Halpern BN, Biozzi G, Nicol T, Bilbey Dl. Effect of experimental
biliary obstruction on the phagocytic activity of the
reticulo-endothelial system. Nature 180: 503-4, 1957.
- Halpern BN. Histamine and processes of histamine liberation. N Y State J Med 58: 2554-61, 1958.
- Halpern BN, Binaghi R. Selective permeability of living tissues to carbonic acid. Nature 183: 1397-8, 1959.
Binaghi R, Liacopoulos-Briot M, Halpern BN, Liacopoulos P. Influence of
the ionic strength of the medium on the anaphylactic sensitization of
isolated tissues in vitro. Nature 187: 697-8, 1960.
- Halpern BN, Stiffel C, Dedichen J. Influence of a liver fraction on
the phagocytic activity of the reticulo-endothelial system in mice.
Nature 190: 279, 1961.
- Halpern BN, Frick Ol. Protection against fatal anaphylactic shock
with gamma-globulins in guinea pigs and mice. J Immunol 88: 683-9, 1962.
- Liacopoulos P, Halpern BN, Perramant F. Unresponsiveness to unrelated
antigens induced by paralysing doses of bovine serum albumin. Nature
195: 1112-3, 1962.
- Neveu T, Halpern BN, Liacopoulos P, Biozzi G, Branellec A. Repression
of delayed hypersensitivity to conjugated serum albumin during immune
paralysis induced in guinea pig by heterologous proteins. Nature 197:
1023-4, 1963.
- Halpern BN, Drudi-Baracco C, Bessirard D. Exaltation of toxicity of
sympathomimetic amines by thyroxine. Nature 204: 387-8, 1964.
- Halpern BN, Morard JC, Juster M, Robert L, Abadie A, Coudert A.
Experimental collagen-like disease induced by repeated injections of
papain, with evidence of autoimmune antibodies. Ann N Y Acad Sci 124:
395-411, 1965.
- Halpern BN, Biozzi G, Stiffel C, Mouton D. Inhibition of tumour
growth by administration of killed corynebacterium parvum. Nature 212:
853-4, 1966.
- Halpern BN, Storb U, Fray A. Delayed hypersensitivity in vitro. Nature 215: 400-1, 1967.
- Goldstein I, Rebeyrotte P, Parlebas J, Halpern B. Isolation from
heart valves of glycopeptides which share immunological properties with
Streptococcus haemolyticus group A polysaccharides. Nature 219: 866-8,
1968.
- Halpern BN, Cachera JP, Crepin Y, Mojovic M, Lacombe M,
Bui-Mong-Hung, de Mendoça M. Cardiac allograft permanent
tolerance in dogs treated by sheep antilymphocyte gammaglobulins. C R
Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 269: 2274-9, 1969.
- Halpern BN, Israel L. Study of the action of an immunostimulin
associated with anaerobic Corynebacteria in human and experimental
neoplasms. C R Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 273: 2186-90, 1971.
- Halpern BN, Fray A, Crepin Y, Platica O, Sparros L, Lorinet AM,
Rabourdin A. Inhibitory action of Corynebacterium parvum on the
development of malignant syngenic tumors, and its mechanism. C R Acad
Sci Hebd Seances Acad Sci D 276: 1911-5, 1973.
- Likhite VV, Halpern BN. The delayed rejection of tumors formed from
the administration of tumor cells mixed with killed Corynebacterium
parvum. Int J Cancer 12: 699-704, 1973.
- Likhite VV, Halpern BN. Lasting rejection of mammary adenocarcinoma
cell tumors in DBA-2 mice with intratumor injection of killed
Corynebacterium parvum. Cancer Res 34: 341-4, 1974.
- Tapiero H, Monier MN, Shaool D, Harel J, Halpern B. Demonstration of
repeated sequences of DNA complementary to polysomic messenger RNA from
chicken liver. C R Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 280: 355-8, 1975.
- Puvion F, Fray A, Halpern B. A cytochemical study of the in vitro
interaction between normal and activated mouse peritoneal macrophages
and tumor cells. J Ultrastruct Res 54: 5-108, 1976.
- Halpern BN, Gauthier-Rahman S, Besluau D. Effect of Corynebacterium
parvum on the immune response in guinea pigs. I. Mode of enhancement of
the anamnestic response and development of delayted hypersensitivity
after treatment with Corynebacterium parvum. C R Seances Soc Biol Fil
171: 1202-8, 1977.
- Halpern BN, Gauthier-Rahman S, Besluau D. Effect of Corynebacterium
parvum on the immune response in guinea pigs. II. Passive transfer of
enhanced anamnestic response and delayed hypersensitivity observed
after treatment with Corynebacterium parvum. C R Seances Soc Biol Fil
171: 1209-16, 1977.
- Halpern B. Immunotherapy of cancer with corynebacterium parvum. Ann Allergy 40:155-7, 1978.
- Eliopoulos G, Andre S, Anagnou NP, Matsis C, Halpern B. Effect of
Corynebacterium parvum on hemopoietic stem-cell kinetics. Int J Cancer
23: 114-8, 1979.
Ouvrage
- Halpern B. L’allergie. PUF, collection Que sais-je, Paris, 1965.