Appel
contributions
Colloque
International
L'anthropologie
face à ses objets :
nouveaux contextes
ethnographiques
23, 24 et 25 Janvier
2007
Campus de
Saint-Charles, Universit de Provence, Marseille
LĠhistoire de
lĠanthropologie est scande par des dbats de nature pistmologique et
mthodologique sur les conditions de dploiement de son regard : sont alors
interrogs les pratiques du terrain, les dispositifs dĠanalyse, les procdures
de restitution (lĠapplication, lĠcriture) et les rapports aux instances
politiques (pouvoirs locaux, commanditairesÉ). Ce ncessaire souci rflexif
dans la dmarche de lĠanthropologue doit de nos jours tre rvalu lĠaune
dĠune srie de transformations sur lesquelles lĠanthropologie porte son
attention. Parmi celles-ci, on mentionnera :
- la multiplication de situations conflictuelles (des tensions identitaires
aux rapports de force ouverts entre groupes politiques ou sociaux, des conflits
entre gnrations aux dgradations des relations Ç de genre ÈÉ) ;
- les expressions multiformes de la Ç transnationalisation È des religions,
des codes culturels et des conomies ;
- les rfrences revisites au pass – quĠil sĠagisse de la
colonisation ou de toutes formes de domination structurelle (apartheid,
confinement des populations Ç indignes È, esclavageÉ) dans les socits du sud
qui demeurent un des terrains de recherche privilgis de lĠanthropologie ;
- les places affectes la pense et la recherche dans ces socits du
sud o se modifient les quilibres entre accumulation des savoirs et
applications, recherche fondamentale et expertise, sollicitations de
lĠanthropologie et constructions autonomes de ses objets.
Face ces
nouveaux contextes, lĠexercice anthropologique voit ses contours et ses enjeux
invitablement interrogs. A partir de la confrontation dĠexpriences
empiriques, lĠobjectif de ce colloque est donc de dbattre de lĠactualit de la
dmarche rflexive en anthropologie autour de trois thmes complmentaires.
LĠexercice rflexif au service de la production de
savoirs
Quel que soit
le point de la dmarche anthropologique sur lequel il porte, nous entendons
lĠexercice de rflexivit comme la condition de production et de renouvellement
des connaissances. Dans cette perspective, il sĠagit de voir comment lĠobjet
dĠtude se rvle pleinement lors des situations dĠenqute et en quoi ce retour
rflexif peut tre la fois un instrument dĠinvestigation, un moyen de
recoupement des donnes recueillies, et une tape ncessaire lĠouverture de
nouvelles pistes de recherche. Sans faire de cet exercice une fin en soi, et
tout en vitant les cueils du narcissisme et du subjectivisme, nous souhaitons
donc rflchir durant cette premire session du colloque la porte heuristique
de la rflexivit qui est au principe mme de la dmarche anthropologique. De
fait, se pencher sur ses mthodes dans des terrains transforms par ce que lĠon
nommera du terme gnrique de Ç crises È (identitaires, politiques,
conomiquesÉ), ou sĠinterroger sur ses cadres dĠanalyse alors que lĠon constate
la difficult croissante dĠune approche cumulative du savoir anthropologique,
ou encore analyser les enjeux autour de la production de discours dans des
contextes singuliers, sont autant de dcisions importantes qui permettent non
seulement dĠenrichir le corpus de questions pistmologiques et mthodologiques
traites par lĠanthropologie, mais galement dĠaider une meilleure
comprhension des phnomnes observs. En dĠautres termes, nous proposons que
soit discute et illustre lĠide selon laquelle la rflexivit est fondatrice
dĠune connaissance renouvele du social et non pas uniquement du regard que
lĠon peut porter sur celui-ci.
Ainsi,
titre dĠexemple de questions pouvant tre dbattues, on mentionnera celle
portant sur la difficile vulgarisation scientifique en anthropologie —
par comparaison avec celle quĠarrivent produire les sciences Ç dures È
— ; difficult qui ne peut tre disjointe du constat dĠune frontire
tnue entre lĠobjet du discours anthropologique Ç vulgarisable È et le Ç sens
commun È. Penser cette difficult est aussi le moyen de rnover sa pense sur
la complexit du social. CĠest cette capacit interroger sa pratique pour
pouvoir dvelopper des problmatiques de recherche innovantes que seront
consacres les communications de cette premire session.
Rflexivit et interdisciplinarit
Le recours
lĠinterdisciplinarit peut tre une des solutions privilgies pour dvelopper
de nouvelles perspectives de recherche, et ce dĠautant que lĠanthropologie se
trouve de plus en plus en situation de travailler avec dĠautres disciplines, y
compris en dehors du champ des sciences sociales. Cette Ç situation È peut
rsulter des collaborations quĠelle aura volontairement suscites, ou survenir
ds lors quĠelle rpondrait une demande. Par ailleurs, lĠanthropologie, sans
forcment recourir des dispositifs interdisciplinaires, investit des objets
aux marges de diverses disciplines : lĠconomique, le sanitaire ou le politique
suscitent des regards anthropologiques qui se dploient paralllement ceux
des disciplines dont ils constituent le cÏur de la rflexion. Dans lĠune comme
dans lĠautre situation, lĠanthropologie doit effectuer un exercice de
ngociation. Ngociation de ses choix mthodologiques et de sa problmatisation
des questions de recherche, de ses propres conceptions de lĠexercice anthropologique
et de son corpus thorique, aussi bien lorsquĠelle Ç travaille avec È dĠautres
disciplines que lorsquĠelle sĠintresse des objets de lĠinterdisciplinarit.
Associant illustrations et conceptualisations de ces deux situations
dĠinterdisciplinarit, les rflexions attendues durant cette deuxime session
pourront sĠinterroger sur les effets de telles postures sur la pratique de
lĠanthropologie : ces ouvertures disciplinaires, quĠelles passent par des
objets nouveaux ou par la confrontation des paradigmes disciplinaires diffrents,
relvent-elles dĠune rnovation de lĠanthropologie ou de son nivellement par le
bas, rsultant dĠun affadissement de ses mthodes et de ses rfrents
thoriques ? Sont-elles exclusives dĠautres faons de Ç faire de
lĠanthropologie È ou donnent-elles corps dĠautres disciplines (la Ç
socio-anthropologie È, lĠ Ç anthropologie applique È) ?
Questions de mthode et dontologies
Indissociable
de lĠmergence de nouveaux objets et de nouveaux contextes, les mthodes et
dontologies de lĠanthropologie se trouvent profondment mises en cause.
SĠagissant de nos mthodes, nos objets reformuls suivant les directions
indiques prcdemment obligent notamment reconsidrer la question de
lĠobservation participante : jusquĠ quel point structure-t-elle lĠethnographie,
quelles en sont les nouvelles formes et comment se modulent-elle face des
contraintes dĠordre dontologique ? Sur ce dernier point, lĠanthropologue se
trouve en effet de plus en plus frquemment dans des situations de recherche
(tant au niveau de la conception de son tude quĠau fil de son terrain) o il
se trouve confront la ncessit dĠÇ arbitrages È autour de :
- la construction dĠune enqute avec des outils mthodologiques
cohrents au regard de son questionnement anthropologique ;
- lĠinscription de sa dmarche dans un cadre dontologique certes pr-existant
mais dont il convient de ngocier en permanence les termes (prservation de la
confidentialit, souci de lĠanonymat de ses sources, volont de garder un
regard distant qui ne soit pas indiffrentÉ) ;
- lĠimposition croissante par les sujets de ses enqutes (individus, groupes
sociaux, familiaux ou religieux, rseaux professionnelsÉ) des conditions de la
recherche : droits de proprit sur les enregistrements sonores et visuels
collects, droits de regard sur les analyses produites, les rcits de vie mis
en forme ou les publications envisages ;
- la difficult de dlimiter un cadre prcis de rfrence de lĠobjet du
fait de la multiplicit des niveaux apprhender (du local lĠinternational)
et du nombre croissant des supports dĠinformation considrer ;
- lĠhtrognit croissante des situations locales lier la
mobilit des acteurs et la multiplication des niveaux de langue.
De ces
nouvelles contraintes pesant sur lĠexercice de lĠanthropologie dcoulent
plusieurs interrogations essentielles sur les choix et les limites de
lĠenqute, sur lĠexistence dĠune certaine Ç autocensure È, sur la manire de
ngocier sa place, et plus largement sur les usages sociaux des savoirs. LĠobjectif
de cette dernire session sera donc dĠactualiser le dbat sur les enjeux
dontologiques, voire thiques, de la pratique ethnologique au regard des
changements survenus sur nos terrains dĠenqute.
Les intentions
de communications de 1 2 pages, prcisant la fois les objets, les terrains
dĠtude ainsi que les termes gnraux de la rflexion thorique, devront parvenir
Olivier Leservoisier (o.leservoisier@wanadoo.fr)
et Laurent Vidal (vidal@up.univ-mrs.fr)
pour le 15 avril 2006. Les auteurs seront informs des dcisions du Comit
scientifique le 30 juin 2006. Les textes des communications sont demands
avant le Colloque, pour le 15 dcembre 2006, de faon faciliter le travail
des rapporteurs et pouvoir prparer dans les meilleurs dlais lĠouvrage
issu du colloque. Les textes dfinitifs devront parvenir au Comit scientifique
le 30 mars 2007.
Comit scientifique :
Francis
AFFERGAN (Universit Paris 5)
Michel AGIER
(IRD - EHESS, Directeur du Centre dĠEtudes Africaines)
Francis AKINDES
(Universit nationale de Cte dĠIvoire)
Frank
ALVAREZ-PEREYRE (CNRS - Universit Paris 5, Directeur de lĠUMR Ç Langues,
Musiques, Socits È)
Doris BONNET
(IRD)
Jacky BOUJU
(Universit de Provence - Aix-Marseille I)
Robert GIBB
(Universit de Glasgow)
Marc-Eric
GRUENAIS (IRD, Directeur de lĠUR ÇActeurs et systme de sant en Afrique È)
Jean JAMIN
(EHESS)
Mondher KILANI
(Universit de Lausanne)
Grard LENCLUD
(CNRS, Directeur du Dpartement Ç Hommes et Socits È)
Olivier
LESERVOISIER (Universit Paris 5)
Laurent VIDAL
(IRD)
Comit dĠorganisation :
Jacky BOUJU
(Universit de Provence – Aix-Marseille I)
Marc-Eric
GRUENAIS (IRD, Directeur Unit de recherche Ç Acteurs et systme de sant en
Afrique È)
Olivier
LESERVOISIER (Universit Paris 5)
Laurent VIDAL (IRD)