Hommage à Pierre May 1925 - 2009
Nous avons eu la douleur d’apprendre le décès de P. May le 6 juillet dernier. Il était un homme d’exception, un grand scientifique doublé d’un humaniste.
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Pierre May est né en 1925 à Nancy où il passe toute sa petite enfance. Alors qu’il a 14 ans, la guerre oblige sa famille à se transporter dans la région grenobloise où il termine ses études secondaires, passe son baccalauréat à l’âge de 16 ans et commence la préparation aux concours d’entrée aux Grandes Ecoles d’abord à Grenoble puis à Paris. De retour à Nancy pour y poursuivre ses études à l’ENSIC (Ecole Nationale des Industries Chimiques rattachée à l’Institut National Polytechnique de Lorraine), il en sort diplômé en 1950.
Commence alors sa carrière scientifique à l’IRC (Institut de Recherche sur le Cancer), à Villejuif. Après avoir été stagiaire de recherche au CNRS pendant deux ans, il devient attaché de recherche en 1952, chargé de recherche en 1959 puis Directeur de Recherche en 1962 (il a 37 ans).
Son champ de prédilection est l’oncologie moléculaire. Il effectue sur ce thème plusieurs séjours de longue durée à l’étranger, en particulier à l’Albert Einstein College of Medicine de New York, au NIH (National Institut of Heath) à Bethesda et en Suisse, à l’ISREC (Institut de Recherche Expérimentale sur le Cancer) de Lausanne. Il deviendra Responsable du Département de Virologie en 1981, puis directeur du laboratoire d’Oncologie moléculaire de l’Institut de recherche sur le Cancer (IRSC) en 1982. Il le restera jusqu’à la fin de sa carrière, en 1994, où il est nommé directeur de recherche émérite au CNRS. |
La carrière de P. May fut émaillée d’une très grande découverte, celle de la protéine P53.
C’est, en effet, en 1979 que le laboratoire que dirige P. May découvre P53 à un moment où des chercheurs britanniques et américains parviennent au même résultat. Il s’agit d’une découverte majeure dans le domaine de la Cancérologie et de la Biologie.
Par la suite, le groupe de P. May n’a cessé d’apporter de nouvelles contributions en ce domaine. En 1987, il montre que des anticorps dirigés contre la protéine P53 sont présents dans le sérum de malades présentant des cancers de différents types. C’était une première indication que P53 pouvait être impliquée dans le développement d’une tumeur maligne.
Une étude comparative de la structure de la protéine P53 au cours de l’évolution des espèces a permis à P. May et son groupe d’identifier des régions de haute conservation, alternant avec des régions peu conservées et d’établir un modèle d’organisation structure-fonction de la protéine P53 qui a été largement confirmé et développé par la suite. Ces découvertes ont conduit les Biologistes et les Cancérologues à mieux comprendre le rôle très important de certaines régions de la protéine P53 dans le fonctionnement normal de cette protéine et dans son dysfonctionnement associé aux mutations observées dans les cancers humains.
Parmi ses principaux collaborateurs citons : Michel Kress; Thierry Soussi ; Claude Caron de Fromentel ; Brigitte Debuire et son épouse, Evelyne May, avec qui il a travaillé tout au long de sa vie scientifique.
La découverte de P53 valut à P. May de nombreux prix et récompenses, en premier lieu l’invitation prestigieuse à séjourner au NIH en 1985-86 en tant que Fogarty Scholar in Residence, puis en 1992 et 1993 le prix des comités de la Savoie et du Val de Marne de la Ligue Nationale contre le Cancer, en 1993, le prix Rosen de Cancérologie de la Fondation pour la Recherche Médicale et en 1996 le prix Léopold Griffuel de l’Association pour la Recherche sur le Cancer.
Il a été, dès sa création en 1987, Membre de l’Editorial Board du journal « Oncogene » et a organisé un très grand nombre de conférences internationales, ce qui témoigne de sa notoriété.
P. May a marqué de son empreinte le site de Villejuif où il était unanimement apprécié et respecté.
Il laisse le souvenir d’un homme discret, d’une grande bonté et d’une immense culture. |