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Territoires et réseaux

Chercheurs impliqués : O. Aubriot, T. Bruslé, P. Dollfus. S. Gros, P. Ramirez, N. Sihlé, J. Smadja, G. Toffin

La diversité des formes humaines et écologiques dans l’Himalaya font de cette région un observatoire privilégié des interactions entre milieux écologiques et formes sociales et culturelles. La mobilité importante des individus et leur insertion dans des dynamiques régionales et mondiales obligent à dépasser les classiques monographies locales et à étudier les modes d’organisation économique et sociale également en termes de réseaux. Territoires et réseaux sont abordés à la fois sous leurs aspects matériels, sociaux et cognitifs. On observe leurs rapports de structuration mutuelle dans l’accès aux ressources naturelles, les circulations, et les constructions symboliques et identitaires.

Les recompositions territoriales résultant de la mise en place d’aires protégées, de la construction de barrages et de grands systèmes d’irrigation, mais aussi des flux migratoires, entraînent une pression sur les ressources et une évolution des pratiques. Ces recompositions territoriales sont replacées, pour comparaison, dans le contexte des processus de fragmentation, de spécialisation de l’espace et de ségrégation spatiale et sociale en Asie du Sud.
Les transformations des espaces territoriaux et sociaux sont abordées en poursuivant le travail sur les "marges" (spatiales, systémiques, économiques) effectué au cours de la période 2007-2012 ; nous postulons que les marges apportent en effet un éclairage neuf sur l’ensemble d’un système régional.
Dans le Nord-Est indien, les recherches menées sur les marges ont permis d’affiner les outils de description des rapports entre ensembles culturels, perceptions identitaires et morphologie des entités sociales. L’approche de ces phénomènes s’oriente vers une modélisation en termes de systèmes dynamiques, qui permettrait de rendre compte à la fois de la stabilité des formes, de leur diversité, de leur mutation et des circulations permanentes des individus et des patterns culturels.

Dans le cadre du projet collectif (financement ERC) sur la région des confins sino-tibétains du Kham (Sichuan de l’ouest) en Chine, les études menées par les différents chercheurs devraient permettre de mettre en lumière un ensemble de réseaux commerciaux, familiaux et religieux qui, à travers l’histoire, nous obligent à penser cette région comme un espace constitué de centres multiples reliés par des processus de communication et d’échanges : le nœud d’un espace réticulé plutôt qu’un espace fini et clairement délimité.

L’étude des phénomènes de marge ne vise nullement à une négation de l’importance des "centres". La caractérisation du rôle politique et symbolique des centres étatiques, économiques ou religieux reste essentielle dans la compréhension des stabilités tant que des transformations. L’observation du rituel en constitue un outil privilégié. Dans la Vallée de Katmandou, les grands rituels collectifs permettent par exemple d’appréhender les mécanismes d’insertion symbolique des villes dans les territoires nationaux ; ces rituels instaureraient et renouvelleraient des cercles d’appartenance et d’identité spatiales de plusieurs dimensions. Dans le clergé tantrique non monastique du Nord-Est tibétain, relativement éclaté à travers de nombreuses communautés villageoises, des rituels collectifs fédérateurs apparaissent comme un lieu privilégié pour la (re)production des identités collectives. Le temps d’un rituel, le territoire est concrétisé par l’ensemble des trajectoires qui mènent les religieux au lieu du rassemblement rituel, et le réseau implicite liant les tantristes locaux se cristallise en une communauté territoriale tangible.
On s’intéresse aussi aux mécanismes par lesquels la structuration des territoires locaux est, de façon croissante, affectée par la connexion des réseaux locaux avec les réseaux globaux. Le rôle des média dans les transformations sociales n’est pas nouveau dans cette région, mais il restait assumé par des élites éduquées. L’interaction via internet entre les acteurs ruraux et des mouvements internationaux (écologie politique, défense des peuples autochtones...) l’est davantage et peut avoir des impacts très concrets sur la mutation des territoires. De même, les communautés émigrées sont devenues des acteurs effectifs dans leurs sociétés locales d’origine. Elles contribuent au décloisonnement économique, mais très souvent aussi inspirent ou alimentent les séparatismes identitaires. Paradoxalement, l’accroissement des échanges contribuerait souvent à des recompositions territoriales inspirées par l’essentialisme ethnique, qui prône la séparation spatiale et légale de communautés perçues comme originellement spécifiques. On s’attache à illustrer ce phénomène, qui va à l’encontre de nombreuses théories de la mondialisation.