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Territoires, réseaux, frontières

Coordination : P. Ramirez ; Participants CEH : O. Aubriot, T. Bruslé, S. Gros , J. Picard, N. Sihlé, J. Smadja ; Membres associés et doctorants : Rémi Chaix, Emilie Cremin, Gisèle Krauskopff, Ornella Puschiasis, Blandine Ripert, Grégoire Schlemmer, Caroline Sarrazin, Brigitte Steinmann

Depuis plusieurs années, les relations entre territoires, réseaux et frontières constituent un axe privilégié de nos réflexions communes, à travers des thématiques en constante évolution. Il s’agit de mettre en évidence les grandes dynamiques de la géographie et de l’anthropologie himalayennes en confrontant les positionnements spatiaux et topologiques de faits observés de différentes natures. La méthode adoptée retient à la fois le territoire et le réseau comme deux dimensions pertinentes et se propose de considérer leurs rapports de structuration mutuelle. Les réseaux considérés sont de différentes formes et associent soit des individus soit des représentations soit des artéfacts (infrastructures, habitat, outils...).

Nous poursuivrons d’abord les travaux sur des phénomènes que nous avons pu mettre en évidence par le passé et dont l’importance pour les sociétés actuelles mérite des enquêtes de plus long terme, telles les recompositions territoriales dues aux projets hydrauliques ou hydro-électriques et à l’extension des aires naturelles protégées, génératrices de conflits. Nourries par un essentialisme ethnique en plein essor, les aspirations à la création de territoires exclusifs (homelands) bouleversent les organisations spatiales issues de paradigmes plus anciens. De nouveaux terrains seront ouverts principalement à une échelle régionale. Par exemple, nous chercheront à comprendre comment des réseaux d’institutions religieuses, des formes étatiques et des communautés ethniques peuvent se générer mutuellement. Nous poursuivrons également nos travaux sur les marges, les frontières et la relation plaine-montagne, notamment pour le Terai, la plaine méridionale du Népal qui abrite aujourd’hui plus de la moitié de la population du pays. Les réflexions sur les marges dans cette partie de l’Asie s’avèrent d’autant plus nécessaires pour dépasser les grands modèles dichotomiques opposant notamment plaines et montagnes. Les marges sont le lieu de dynamiques spécifiques qui ne se résument ni a des hybridations ou transitions ni aux limites de la souveraineté des États.

Nous poursuivrons notre réflexion sur la construction même d’une « aire himalayenne ». L’enjeu dépasse les frontières de notre domaine propre et concerne la pertinence de l’aire culturelle comme parti pris méthodologique. Car les critiques radicales du culturalisme n’ont toujours pas fourni de nouveau modèle pour décrire des frontières culturelles que nous tenons pour réelles. Nous voudrions démontrer que le rejet légitime d’une aire culturelle conçue comme close et immuable ne doit pas nous priver de la possibilité d’une description cohérente et de comparaisons. Concrètement, cette démarche s’appuiera sur deux entreprises. L’élaboration d’un ouvrage de synthèse, dont la forme exacte — entre atlas et manuel — reste à définir, nous permettra d’articuler de façon didactique (et en s’appuyant sur les compétences en cartographie de l’unité) les résultats les plus significatifs issus de nos recherches récentes. Par ailleurs, un travail sur la constitution historique des savoirs sur l’Himalaya nous permettra de mieux saisir la place de nos recherches actuelles dans le fil des développements qui ont mené des travaux orientalistes aux anthropologies multi-situées en passant par les monographies villageoises.

Une des évolutions majeures dans notre région, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle familiale ou individuelle a été l’explosion des migrations internationales de travail, qui au Népal occasionnent plus de 500 000 départs annuels et dont les revenus correspondent à 30 % du PIB. On se penchera, dans les régions d’origine, sur les bouleversements que ces migrations suscitent dans les configurations spatiales des sites habités et sur les relations économiques entre acteurs locaux, entre ville et campagne, ou encore entre montagne et plaine, avec par exemple l’essor des « business » entrepris par les migrants de retour, le recul des activités agricoles ou la rurbanisation. Des recherches entreprises simultanément sur les sites d’emploi et les sites d’origine permettront de mieux comprendre les interactions entre réseaux migratoires et configurations territoriales, par exemple dans le cas des Sherpa de l’Everest établis à New York.

Enfin, les marchés hebdomadaires et les foires forment dans le monde himalayen des nœuds très importants non seulement dans la circulation des biens mais aussi dans celle d’éléments linguistiques et culturels et en tant que foyers religieux et politiques. La sociologie et l’histoire de ces sites, où réseaux et flux s’articulent, nous paraissent de plus en plus essentielles dans la compréhension de la genèse anthropologique de cette région.