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Séminaire CEH - jeudi 3 mai 2018

Exposé sur Les Buchen de la « Vallée des Nuages » au Spiti : une « espèce en danger » ? présenté par Pascale Dollfus (CEH)

 
 
 
 
 
 
Horaire : 14h30 - 16h30
Salle de la Rotonde, Bâtiment C,
Campus CNRS, 7, rue Guy Môquet, Villejuif
 

A ceux d’entre vous qui n’êtes pas du campus CNRS de Villejuif : prière de noter qu’il vous faudra laisser une carte d’identité à l’entrée (plan Vigipirate).
 
 

Les Buchen de la « Vallée des Nuages » au Spiti : une « espèce en danger » ?

 

Les Buchen se présentent comme les disciples (litt. « grands garçons », bu chen) du « grand accompli » Thangtong Gyalpo, célèbre tantriste et yogi du XVe siècle, auquel la tradition orale attribue l’invention des ponts en fer suspendus et du théâtre. Ils disent perpétuer la tradition de ce saint fou et, comme lui, œuvrer pour le bien-être des hommes et la propagation de la doctrine en se rendant de village en village pour chanter, danser, jouer et raconter à l’aide de peintures des histoires édifiantes ; des représentations s’échelonnant sur plusieurs jours et couplées avec un rituel d’exorcisme spectaculaire connu sous le nom de pho ba rdo bcags, « bris d’une pierre sur l’estomac ».

Les Buchen, toutefois, ne sont pas des religieux membres du clergé bouddhiste, mais des « hommes en gris », skya-bo, c’est-à-dire des laïcs. Mariés, propriétaires de terres et de troupeaux, ils accomplissent toutes les tâches des agriculteurs-éleveurs de ces régions (labours inclus), payent des taxes et assument en tant que maître de maison, leur tour venu, la charge de chef de village. Dans la hiérarchie sociale, ce sont des « gens ordinaires » comme la très grande majorité de la population, et non des « gens inférieurs » comme les forgerons et musiciens professionnels avec lesquels toute relation de commensalité doit être évitée.

En 1932, Roerich prédisait leur extinction (« a few decades more, and the Land of Snows will see the last of these religious actors »). Aujourd’hui pourtant, leur nombre n’a guère baissé. Onze hommes exercent toujours cet art et deux sont en apprentissage. Tous sont originaires de la vallée de la Pin ou « Vallée des Nuages ».

Dans le cadre de cet exposé, je m’interrogerai sur la survie de cette « espèce en danger » et les changements observés cette dernière décennie en termes de transmission, d’apprentissage mais aussi de public et de répertoire, avec notamment l’organisation de festivals dans (et par) les communautés locales comme dans les grandes villes de l’Inde, auxquels les Buchen participent en tant qu’artistes, mais plus encore comme exemple des nombreuses traditions culturelles et religieuses qui « font » l’Inde : « India is a bouquet, Spiti is a flower in it ». Enfin j’aborderai, si le temps le permet, les liens – dans ce cadre – entre rituels et arts performatifs et la question des rapports entre oral et écrit.
 
 
 

Références (toutes disponibles sur internet) :

Dollfus P. 2004. The Great Sons of Thang-stong rgyal-po : the Buchen of the Pin valley, Spiti. The Tibet Journal, vol. 29, 1, 9-32.
___ 2009. Working for the Welfare of All Living Beings : Mediums, Lamas and Storytellers in the Pin Valley, Spiti. In M Lecomte-Tilouine, Ed, .Bards and mediums. History, Culture and Politics in the Central Himalayan Kingdoms, Almora, p. 137-161.
___ 2017. Buchen as Storytellers : Reading, Telling and Acting out Edifying Stories, Revue d’Etudes Tibétaines, no. 41, 323-348.
Gelle, Z., 2003, Masters of the Mani Mantra. In : Demons and Protectors, Budapest, pp. 111-119.
Roerich, G de, 1932. The Ceremony of Breaking the Stone : Pho Bar Rdo Gcog, Urusvati, vol. 2, 25-51.