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Expressions artistiques et patrimonialisation

Coordination : P. Dollfus, G. Toffin ; Membres associés et doctorants : Serena Bindi, Kunsang Namgyal Lama, Irene Majo Garigliano

Sous cet intitulé, on se propose de conduire une réflexion sur les différentes expressions artistiques de l’Himalaya, que leur dimension esthétique soit discrète ou très affirmée. Au cours des années passées, plusieurs membres du Centre d’études himalayennes ont réuni des documentations, parfois conséquentes (et versées aux archives de l’unité), sur de tels sujets, à partir de leurs terrains respectifs. Nous souhaitons jeter un regard réflexif sur ces pratiques et produits culturels, moins pour en faire le bilan que pour les insérer dans les problématiques actuelles des disciplines ici concernées (ethnologie, étude des textes littéraires, histoire de l’art).

Les liens entre rituels et arts performatifs constituent un premier champ thématique, très riche en réflexions théoriques. Partout en Himalaya, ces deux domaines sont en relation étroite, à l’instar de ces entités non humaines (divinités, esprits et esprits des morts), ou jugées telles, qui interviennent dans les représentations théâtrales, les danses ou chants. De tels liens interrogent des notions de spectacle, d’acteurs, de public, d’arts de la scène, qui appartiennent au langage des études théâtrales ou de la performance. En réalité, de multiples situations intermédiaires, mireligieuses, mi-profanes existent. Les enquêtes déjà menées dans la vallée de Katmandou permettent de suggérer qu’une performance peut fonctionner comme une cérémonie religieuse et susciter des sentiments, des émotions annexes (divertissement, appréciation du beau). Nous nous intéressons à ces formes d’hybridation au Népal, dans l’aire culturelle tibétaine et dans l’Himalaya oriental.

Dans l’analyse des chants des bardes et des chamanes, du théâtre narratif dialogué ou des peintures narratives, une question récurrente est celle des rapports entre oral et écrit. En effet, nombre de ces expressions se présentent comme purement orales alors qu’elles incorporent (en les transformant) des éléments tirés de la littérature écrite, notamment sanskrite ou tibétaine. Par ailleurs, ces traditions dites orales commencent à être publiées sous forme de livres ou de brochures, non seulement par le chercheur qui les étudie, mais aussi par les populations locales qui désirent pérenniser ainsi leurs traditions, annuler les effets destructeurs du temps et afficher leur identité ethnique. Quels sont les effets de ces mises en écriture ?

Un autre thème de recherche a trait à l’histoire des iconographies religieuses (panthéons hindou, bouddhique et bön), à la production d’objets cultuels et ornementaux. Là aussi, l’adoption d’héritages anciens et les formes d’hybridité sont au cœur de la réflexion. Les questions relatives à la transmission des savoir-faire et des techniques méritent d’être tout particulièrement considérées. Comment ces savoirs sont-ils transmis dans les ateliers et sous l’autorité de qui ? Comment s’organisent les relations entre maîtres et apprentis, ou entre maîtres et acteurs ? Quelle est la part de l’innovation ? Les périodes de changements actuels qui génèrent des ruptures, parfois consécutives à des événements révolutionnaires (Tibet, Népal), des changements technologiques dans la diffusion et la concurrence d’autres formes de programmes culturels, plus attrayantes pour les plus jeunes sont particulièrement propices pour étudier ces processus. Qui dit changement, dit séparation d’avec les canons du passé et création. Le dynamisme artistique que l’on observe aujourd’hui un peu partout en Himalaya, principalement au contact de la modernité doit s’analyser dans cette perspective. Il implique des redéfinitions des objets culturels, un nouveau rapport avec le passé (transformé en ressource symbolique), des reconfigurations et de nouveaux enjeux.

D’un point de vue proprement sociologique, chaque époque crée un régime particulier de singularités pour les artistes et intellectuels appartenant à telle ou telle culture. Ce régime définit la place et le statut de ces personnes dans la société. Il réserve souvent l’exclusivité de l’activité en question à l’un des deux sexes et fixe les relations entre artistes et patrons commanditaires. Or les mutations actuelles transforment aussi ce régime de singularités. Au Népal comme dans l’Himalaya occidental, les anciens fabricants d’objets rituels se définissent aujourd’hui comme des créateurs, des artistes. Dans le même temps, les femmes s’imposent dans de multiples secteurs et certains intellectuels se voient investis d’un rôle politique nouveau, notamment dans le vaste mouvement de lutte des populations dites autochtones ou minoritaires, auquel on assiste aujourd’hui. Une historisation de ces changements devrait permettre de distinguer des périodes dans l’expansion de la modernité en Himalaya.

La patrimonialisation constitue un dernier sujet sur lequel travaillent directement ou indirectement plusieurs chercheurs du laboratoire, parfois en résonnance avec les autres axes de ce programme quinquennal. La mise en patrimoine d’anciennes pratiques ou traditions artistiques/culturelles s’observe partout, dans tous les domaines, à l’imitation de ce qui s’est passé en Occident au XIXe et au XXe siècle. Nos investigations concerneront en particulier le revivalisme culturel (des fêtes et des costumes par exemple), ses enjeux politiques, la catégorisation de l’Unesco en « patrimoine culturel immatériel », qui s’étend à des champs sans cesse élargis, ou encore la mise en musée d’objets culturels, la constitution de collections et la mise au point de techniques de conservation touchant la muséologie. Nous étudierons en particulier les attentes des communautés locales ainsi que les stratégies qu’elles déploient pour aménager des musées et faire inscrire leurs patrimoines artistiques sur les listes de l’Unesco.