Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


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18-03-2019

Soutenance de doctorat

Lamphoune Soundara : Contribution à la grammaire de la langue kmhmouɁ

Inalco - Salle 4.24 - 14h


Le kmhmouʔ, langue isolante appartenant à la famille Austro-Asiatique, est dépourvue de marqueurs grammaticaux morphologiques. Les mots du kmhmouʔ sont pour la plupart pluricatégoriels et plurifonctionnels : la distinction verbo-nominale se fonde essentiellement sur des critères combinatoires. Les noms sont en général des noms massifs portant une signification notionnelle, et leur référentialité est conditionnée à la présence de déterminants nominaux (classificateurs, déictiques, quantifieurs et épithètes qualificatives). Il existe deux procédés de dérivation lexicale en kmhmouʔ, par la préfixation et par l’infixation.

En l’absence de morphologie verbale, le temps, l’aspect et le mode peuvent être soit non-marqués et identifiables par le contexte, marqués par des moyens lexicaux de type adverbial ou circonstanciel, ou marqués par des particules d’origine catégorielle variée (majoritairement verbale), et le plus souvent empruntées aux langues de contact, notamment des langues Taï. Les constructions à verbes multiples sont très fréquentes en kmhmouʔ. Ce type de constructions se distingue en trois catégories : construction sérielle proprement dite, construction modale et construction causative. Un autre trait caractéristique du kmhmouʔ, c’est que cette langue a une forte tendance à l’omission du sujet ou de l’objet. L’élément non exprimé dans la phrase peut être repéré contextuellement.

La description grammaticale s’appuie sur des données spontanées recueillies lors d’un travail de terrain dans les villages kmhmouʔ et à la radio nationale lao pour l’émission en kmhmouʔ. Le travail de terrain a été conduit en kmhmouʔ, et l’analyse et l’interprétation du corpus ont bénéficié du fait que l’auteur est locuteur natif. Une partie du corpus recueilli (1h30 au total) est présenté en annexe, intégralement glosé et traduit en français et en lao. 

Cette thèse, outre qu’elle rend disponible pour la première fois les données et la grammaire du dialecte du kmhmouʔ de l’Est, ouvre des pistes de réflexion particulièrement intéressantes pour les travaux en typologie des langues isolantes et de la transcatégorialité, ainsi que la réflexion sur le rôle du contact de langue dans la grammaticalisation.