Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


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22-11-2013

Séminaire doctoral - Pratiques langagières - terrains, méthodes, théories
Animé par Isabelle Léglise et Valelia Muni Toke

Alexandrine Barontini : Transmission et pratiques de l'arabe maghrébin en France. Quand le terrain (ré)interroge les évidences
Dominique Caubet : L'arabe maghrébin, langue de culture en France


Résumé Alexandrine Barontini :
À partir de mon travail de doctorat à propos des pratiques, des représentations et du processus de transmission linguistiques des locuteurs de l’arabe maghrébin en France, il sera question de la (re)définition de ce processus .
En effet, un point de vue élargi en termes de population considérée – différents âges et différents profils : locuteurs descendants d’immigrés marocains, algériens ou tunisiens ; descendants de harkis ; pieds-noirs et descendants de pieds-noirs ; locuteurs de traditions juives –, de  territoires et d’historicité m’a amenée à reconsidérer la définition du processus transmissionnel. Les entretiens recueillis nourrissent cette vision dynamique et interactive, en termes de processus, de continuités, de ruptures, d’innovations, ou (ré-)appropriations... Cette redéfinition vient également invalider une certaine approche générationnelle, qui s’est imposée comme un modèle (voire une norme), celle de la perte ou du changement de langue sur trois ou quatre générations.
En définitive, il s’agira de montrer en quoi la reconsidération d’un terrain a pu amener à réévaluer des modèles et des interprétations qui semblaient aller de soi.

Résumé Dominique Caubet
L’arabe maghrébin a été reconnu comme une des Langues de France en avril 1999, langue de citoyens français implantés depuis longtemps dans la société française.
Longtemps restée une immigration de célibataires, la France était certes un lieu d’enregistrement de musiques venues du Nord de l’Afrique, imaginées, crées pour la plupart « là-bas ».
Dans les années 70, les premiers titres composés en France voient le jour et sont gravés sur les scopitones : Slimane Azem (qui chante surtout en kabyle, mais a quelques titres en algérien), Mazouni, le yé-yé, Sadaoui, ou Dahmane El Harrachi. Cela reste des chansons de l’immigration. D’autres, comme Vigon, avaient choisi de se fondre dans la scène blues-rock de l’époque sans révéler leurs origines.
Ces artistes étaient presque oubliés jusqu’à ce que Rachid Taha reprenne le Ya Rayah de El Harrachi dans les années 90 et en fasse un tube planétaire ; plus récemment sur un album Diwân 2 (2006), il a repris Mazouni et d’autres, puis Origines Contrôlées (2007 par Mouss et Hakim de Zebda) qui consacre un album entier à des reprises en berbère et en arabe.
Ce n’est qu’au tout début des années 80 que des jeunes enfants d’immigrés ou immigrés eux-mêmes enfants, vont créer des musiques de France, utilisant souvent l’arabe maghrébin, mais au même titre que leurs confrères l’espagnol ou le portugais.
Les groupes les plus connus sont Carte de Séjour ou Dazibao pour les années 80, du rock français chanté en algérie ou en marocain, Zebda dans un autre style pour les années 90, etc.
De la musique, on passera au comique, au cinéma… jusqu’à ce que la scène culturelle française compte en son sein de très nombreux artistes à part entière dans tous les domaines, ayant un lien avec le Maghreb.