Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


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19-06-2015

Séminaire doctoral - Pratiques langagières - terrains, méthodes, théories
Animé par I. Léglise et V. Muni Toke
Villejuif - Bât.D - S.511 - 14h00-18h00

Stefano Manfredi, CNRS, SeDyL (UMR 8202)
L’arabe de Juba après l’indépendance du Soudan du Sud :
Représentations métalinguistiques et idéologie étatique


La création d’un état-nation implique toujours une redéfinition des composantes identitaires inclues dans ses nouvelles frontières géopolitiques. Dans ce processus de redéfinition, les langues peuvent jouer un rôle déterminant dans l’affirmation, comme dans l’infirmation, d’une identité nationale partagée. A cet égard, la République du Soudan du Sud, devenue indépendante en 2011 après une guerre civile durée plus de vingt  ans, peut fournir des importants éléments de réflexion sur la fonctionne identitaire des langues tant sur un plan national, que ethnique.
    D’une part, on peut observer la présence des nombreuses langues « autochtones » employés pour la communication intra-ethnique. D’autre part, on assiste à la diffusion progressive d’un pidgincréole à base lexicale arabe nommé Juba Arabic (autoglottonyme árabi júba) soit comme principale langue véhiculaire du pays, soit comme langue vernaculaire en contexte urbain. En contraste avec cette situation, le gouvernement Sud Soudanais a fait un choix purement idéologique en imposant l’anglais comme seule langue officielle et en accordant un statut national exclusivement aux langues dites « autochtones ».
     L’objectif de cette présentation est d’évaluer la variation affectant les représentations métalinguistiques et les attitudes sociolinguistiques de la population urbaine de Juba en fonction de l’affirmation de la nouvelle entité étatique du Soudan du Sud et de l’émanation progressive de ses politiques linguistiques. En analysant les données d’une recherche de terrain pluridisciplinaire, j’observerai les valeurs et les croyances liées à la diffusion du Juba Arabic ainsi que à l’adoption des langues « autochtones » dans l’éducation primaire. Cette partie de la recherche sera ensuite rapprochée à l’analyse des entretiens avec les représentants du gouvernement et d’autres acteurs institutionnels impliqués dans la planification linguistique du Soudan du Sud. Sur la base de ces données, je dévoilerai le décalage idéologique existant entre les représentations métalinguistiques de la plupart des locuteurs natifs et non-natifs de Juba Arabic et les choix étatiques en matière de planification linguistique.