Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


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16-05-2014

Séminaire doctoral - Pratiques langagières - terrains, méthodes, théories
Animé par I. Léglise et V. Muni Toke
Villejuif - Bât.D - S.511 - 14h00-18h00

Anna Ghimenton, Univ. Paris 3 : Etudier l’acquisition plurilingue en situation de contact : réflexions méthodologiques et observations de données empiriques
Suat Istanbullu, INALCO / SeDyL : Transmission et pratique des langues d’origine de familles arabo-turcophones en région parisienne


Résumé Anna Ghimenton : L’interaction fournit le matériel socio-langagier à partir duquel l’enfant construit son langage. En adoptant une approche basée sur l’usage, nous examinons les pratiques plurilingues d’enfants d’origine italienne et celles des interlocuteurs qui font partie de leur entourage. Nous examinons la manière dont les processus interactionnels soutiennent l’acquisition, en considérant les caractéristiques sociolinguistiques sous-tendant l’environnement langagier auquel l’enfant est exposé. Comment l’enfant construit-il ses compétences langagières à partir d’un environnement variable ? Cette présentation expose les approches méthodologiques et les analyses de données empiriques recueillies dans le cadre de deux études. La première a été menée en Vénétie (Italie). Comme on peut le constater pour l’ensemble de l’espace italoroman, la Vénétie est une région plurilingue, étant donné le contact entre l’italien et le vénitien, la langue régionale. Or, la plupart des études développementales conduites en Italie portent sur l’acquisition de l’italien, en laissant de côté tous les facteurs de variation issus du contact entre l’italien et les variétés régionales. A partir d’un corpus d’interactions familiales dyadiques et multipartites (35 heures), nous décrivons la méthodologie mise en place pour le recueil des données langagières et les critères appliqués pour le codage du matériel enregistré. Ensuite, nous nous interrogeons sur la façon dont les aspects variationnels des usages en milieu de contact de langues peuvent être inclus dans des analyses quantitatives. La deuxième étude est actuellement en cours et porte sur la socialisation langagière dans un contexte migratoire auprès de familles italiennes installées en France depuis les années 2000. En continuité avec les questionnements théoriques et méthodologiques issus de la première étude, nous nous interrogeons sur la façon dont l’enfant acquiert ses langues dans son environnement caractérisé par la polycentralité sociolinguistique. Nous avons filmé des diners familiaux dans le but de dégager d’une part, les expressions renvoyant à une ou plusieurs appartenances et, d’autre part, d’analyser la façon dont les langues des répertoires respectifs sont utilisées au sein des interactions familiales. Ce contexte interactionnel nous semble être le plus à même de refléter non seulement la transmission des pratiques alimentaires culturelles et familiales intergénérationnelles mais également la transmission des pratiques sociales. Compte tenu des spécificités sociolinguistiques de la Vénétie et du contexte migratoire italien en France, notre travail cherche à faire émerger un certain nombre de questions sur l’acquisition plurilingue dans des situations complexes de contact de langues, domaine de recherche à notre sens encore sous-étudié par des approches interdisciplinaires fédérant psycholinguistique et sociolinguistique, méthodologie quantitative et qualitative.

Résumé Suat Istanbullu : La rupture de transmission des langues au sein de la famille – menant à l’abandon de langues par des communautés entières, phénomène connu sous le nom de language shift (Thomason & Kaufman, 1988) – advient généralement en situation de forte pression des langues majoritaires sur les langues minoritaires ou minorisées.
Il existe un certain nombre de travaux sur la transmission de la langue d’origine en contexte migratoire (Deprez, 1994, Akinci, 2004, de Ruiter, 2008, Haque, 2010), effectués essentiellement sur la transmission d’une seule langue d’origine, qui montrent l’abandon des langues d’origine en trois générations (Héran et al., 2002).
Mon étude a comme particularité de travailler sur la transmission de deux langues d’origine (en plus du français), l’arabe et le turc, d’une communauté originaire d’Antioche (Turquie) en situation de migration en région parisienne. Je m’intéresse aux pratiques langagières de ces familles et à leurs politiques linguistiques. Ce travail de recherche est basé sur une enquête qualitative afin d’observer la transmission de(s) langue(s) d’origine dans des familles sur trois générations au travers d’entretiens compréhensifs et de pratiques langagières spontanées.
Après avoir abordé des aspects méthodologiques, je présenterai les premières observations de l’enquête menée en France (entretiens, pratiques, interactions).