Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


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23-06-2017

Séminaire doctoral - Pratiques langagières - terrains, méthodes, théories
Animé par I. Léglise et V. Muni Toke
Villejuif - Bât.D - S.511 - 14h00-18h00

Monica Heller (Université de Toronto)
Un Canadien errant : mobilités, ancrages et patrouilles de la frontière de la « nation »


L’objectif de cette présentation sera d’exposer certaines stratégies méthodologiques adoptées au sein d’un projet de recherche en cours. Ces stratégies ont été développées afin de rendre opérationnelle l’idée que la « nation » (comme toute autre catégorie sociale, d’ailleurs) se construit par le biais de processus d’inclusion et d’exclusion dans la vie quotidienne, ainsi que de processus de production et de reproduction d’idéologies légitimantes. Ces processus se réalisent par le biais de performances sociales observables. Le projet en question, « Un Canadien errant : mobilités, ancrages et restructurations transformatrices de la nation », cible le cas de la « nation franco-canadienne» pour examiner les mobilités (sociales et géographiques, dans le passé comme au présent) normalement effacées dans le discours privilégié de la nation enracinée, mais dont il dépend.  Même si la langue et le langage sont toujours un enjeu dans la construction de la « nation », dans le cas spécifique que nous examinons ils constituent un terrain particulièrement important et chargé.
    Le projet, mené par une équipe pluridisciplinaire (anthropologie, sociolinguistique, science politique, histoire) relie les pratiques langagières et les discours épilinguistiques des acteurs sociaux à la gestion de la frontière de la francité canadienne, c’est-à-dire les manières dont des gens ayant une variété de parcours peuvent être recrutés ou refoulés, ou peuvent chercher à s’ancrer ou au contraire fuir les droits et les obligations d’un-e bon-ne « francophone ». On y voit la construction de la légitimité de la langue et du locuteur, ainsi que le travail sur soi et sur l’autre afin de fournir/produire les performances valorisées (ou les contester) et ainsi travailler pour la reproduction ou la transformation de la francité canadienne.
    Les études de cas comprennent des parcours reliant non seulement différentes régions du Canada (le Québec, le Manitoba et la Colombie-Britannique) avec d’autres parties du monde, mais aussi les parcours canadiens entre ces provinces, et entre la ville et la campagne. On examine entre autres le recrutement, la formation et les expériences de personnes considérées « immigré-e-s », « réfugié-e-s » ou encore « étudiant-e-s internationaux »; les jeunes « nomades »  Français et Québécois de passage (ou pas) en Colombie-Britannique; l’histoire oubliée des colporteurs et commerçants « Syriens » dans les mêmes régions du Québec qui accueillent actuellement les réfugiés également nommés  « Syriens »; et encore le va-et-vient ambivalent entre le Manitoba et le Québec de l’élite « franco-manitobaine » du début du 20e siècle jusqu’à nos jours.