Sedyl - Structure et Dynamique des Langues - UMR8202 - CELIA


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21-11-2014

Séminaire doctoral - Pratiques langagières - terrains, méthodes, théories
Animé par I. Léglise et V. Muni Toke
Villejuif - Bât.D - S.511 - 14h00-18h00

Elise Palomares, socio-anthropologue, Université de Rouen (Dysola)
« My french people ». Classements ethniques et « raciaux » des migrants africains « francophones » à Johannesburg


La « nouvelle » Afrique du Sud est aujourd’hui officiellement « aveugle à la race ». La banalité et la prégnance des classements « raciaux » quotidiens observés sur le terrain rendent pourtant nécessaire de comprendre les dynamiques de racisation qui perdurent aujourd’hui, et ce dans un contexte où l’Afrique du Sud est désormais devenu un pôle migratoire majeur pour l’ensemble du continent africain, après avoir été zone emettrice de réfugiés durant l’apartheid. Ces catégorisations « raciales » demeurent aujourd’hui marquées par l’héritage des classements et des hiérarchies de l’ordre raciste légal de la période coloniale qui s’est systématisé durant l’apartheid (1948-1991) et qui s’ est accompagné d’« une conception étroite et biaisée de la langue et de l’ethnicité » (Lafon 2004). Elles sont également liées aux dynamiques contemporaines de la mondialisation, dont les migrations internationales constituent une dimension essentielle.
Cette intervention vise à mettre en discussion les logiques ordinaires de classement ethnique et “racial” des migrants francophones. L’enquête de terrain auprès de migrants africains dans un quartier de Johannesburg, mise en œuvre en collaboration avec Catherine Quiminal entre 2006 et 2008, s’est combinée à une enquête multisite menée par Aurélia Wa Kabwe Segatti sur les différents marchés aux objets touristiques et autres marchés dits « africains » de la ville. Dans ces lieux, les relations entre established et outsiders prend un tour d’autant plus complexe qu’une partie des migrant.e.s originaires du continent africain envisage Johannesburg comme une étape vers d’autres destinations tandis qu’une partie des autochtones, originaires des campagnes et des anciens bantoustans, sont de nouveaux venus dans la ville.

Référence
Lafon, Michel. 2004. « De la diversité linguistique en Afrique du sud : Comment transformer un facteur de division en un outil de construction nationale? ». In P. Guillaume, N. Péjout, A.W. Kabwe-Segatti (eds.) : L'Afrique du Sud dix ans après : Transition accomplie? Paris : Karthala, pp. 217-247.