celle de l’enfance, elle a duré une dizaine d’années, assez comparable en cela à celle du petit de l’Homme. C’est de bon augure. Il faut donc commencer à écrire cette histoire pour pouvoir sans difficulté l’étoffer et l’enrichir avec le temps afin qu’elle devienne longue et importante...... On ne trouvera pas dans le récit de l!’enfance du Club l’enchantement d’un conte de Grimm. La féerie fait défaut mais l’aspect éducatif et incitatif demeure. Éveiller la curiosité des recherches sur la locomotion est le but de cette relation. Il reste en effet beaucoup à savoir, à de multiples points de vue, sur la manière dont tout ce qui vit se déplace sur notre planète.

Le Groupe Locomotion (1982)

Au début des années 80 plusieurs chercheurs isolés travaillant en France sur la locomotion prirent conscience, au cours de rencontres informelles, des avantages considérables qu’ils pourraient retirer, sur le plan conceptuel, de réunions entre collègues, de disciplines très différentes, menant des investigations sur la fonction locomotrice. Les échanges leur apparaissaient prometteurs pour mettre en évidence la complémentarité de leur démarche et !les analogies d’organisation des processus locomoteurs chez différentes espèces. Un désir partagé et un besoin d’agir se développa au sein du groupe. Afin de mettre en oeuvre ce projet François Clarac lança une enquête en 1982. Elle devait permettre de concevoir une forme de communication commune et de définir les motivations scientifiques collectives. Les résultats du sondage furent tout à fait encourageants. Ils indiquaient une opinion favorable à cette approche et à l’organisation d’une réunion d’information sur les travaux et sur les résultats des diverses équipes. Grâce à l’aide du professeur Paillard, directeur de l’Institut de Neurophysiologie et Psychologie (INP) de Marseille, la réunion eut lieu dans cet institut les 27 et 28 mai 1983. Dix groupes de chercheurs qui y participaient décidèrent de se rassembler dans une structure souple proposée par le Centre! National de la Recherche Scientifique (CNRS) : la recherche sur contrat de programme (RCP). Ce type d’association était limité à une durée de 2 ans. Son but était de favoriser chez les chercheurs les prises de contact à l’extérieur du groupe de travail habituel, la mise en commun des résultats et la conduite de travaux coopératifs précis et limités.

La RCP Locomotion (1985-1987)

La proposition de création d’une RCP fut présentée au CNRS. Le projet fut acceptée et la formation fut officialisée le 1er janvier 1985. Elle était constituée de douze groupes scientifiques. En effet, deux groupes supplémentaires furent adjoints aux dix groupes fondateurs. L’ensemble représentait un total de 32 chercheurs de disciplines différentes que l’étude de la locomotion unissait dans une même cordée. Il fut alors décidé que les échanges entre adhérents seraient organisés au cours de réunions annuelles. Celles-ci seraient modestes afin d’en limiter le coût pour les participants, conviviales pour créer et renforcer les liens d’amitié entre membres et éducatives pour tous, en particulier pour les jeunes chercheurs qui abordaient la spécialité. La première réunion se tint à Marseille au CNRS lors des journées thématiques INP les 21-23 Novembre 1985 au CNRS. L’année suivante la réunion eut lieu à Paris au Laboratoire d’Anatomie Comparée du Muséum National d’Histoire Naturelle le 8 Décembre 1986.

Le Club Locomotion (1987)

Deux ans plus tard à la réunion-bilan de la RCP Locomotion les 23-24 octobre 1987 à l’Institut de Biologie Marine d’Arcachon l’ensemble des participants était satisfait des bons résultats obtenus et des souvenirs excellents que leur laissait cette action coopérative. Ils décidèrent donc de maintenir leurs réunions annuelles et de définir lors des rencontres à venir la meilleure manière de renforcer la cohésion scientifique et amicale du groupe. François Clarac proposa de fonctionner, pendant ce temps de réflexion, de façon informelle, comme un Club. La solution d’un côté rendait l’avenir du groupe plus incertain, mais d’un autre constituait un test d’épreuve pour les motivations des adhérents. L’année suivante, en 1988 à Toulouse au Laboratoire de Physiologie UA CNRS 649 de la Faculté de Médecine une réunion eut lieu sans qu’une décision définitive fut prise. Le choix fut arrêté lors du rassemblement suivant du 27 et 28 octobre 1989 organisé à Dijon par Denise et Guy Viala à la Faculté des Sciences de Mirande. Une assemblée constituante de 34 membres se réunit dans le Laboratoire de Neurophysiologie CNRS UA 1199 de l’Université de Bourgogne sous la présidence de François Clarac. Elle eut lieu à la fin de la première journée. Ce fut (la précision est nécessaire dans ce pays de bonne chère) largement avant le repas mémorable du Clos des Capucines dans une remarquable demeure seigneuriale du XIV siècle. On décida de créer une Société d’Étude et de Recherche Multidisciplinaire sur la Locomotion (SERMLO). Cette Société destinée à promouvoir la connaissance dans le domaine de la locomotion maintiendrait et développerait les quelques idées fondamentales qui avaient si bien rapproché les chercheurs au cours des 7 années précédentes: 1- Défendre la place de la Locomotion au sein des grandes fonctions du règne animal parce qu’elle est le facteur essentiel d’une vie libre et indépendante. 2- Mettre en avant le caractère nécessairement multidisciplinaire de la plupart des études. 3- Respecter la pensée de la physiologie dans les recherches. Quelques développements sont nécessaires à la suite de l’énumération de ces idées.

La locomotion doit toujours être considérée pour elle même en tant que fonction. Dans beaucoup de travaux elle est simplement utilisée comme un modèle fonctionnel d’activité motrice parce qu’elle est facile à quantifier. Suivant les circonstances dans toutes ces études les méthodes de mesure et les espèces vivantes utilisées sont si différentes que la signification de la fonction motrice analysée finit par échapper. Or il ne faut pas perdre de vue que la locomotion joue un rôle important dans les fonctions de relation d’un animal et que ce rôle a une incidence non négligeable sur le résultat des mesures. La locomotion permet à l’individu de se mettre en rapport avec le monde extérieur. Grâce à elle les récepteurs sensoriels peuvent être transportés soit aux sources mêmes des stimuli dans le cas des récepteurs de contact soit dans le cas des télérécepteurs en direction de la source de stimulation à des fins de localisation. La locomotion intervient par ailleurs dans les fonctions de nutrition en permettant à l’individu d’aller à la recherche des nutriments dont il a besoin. Enfin elle est mise en jeu dans les fonctions de reproduction car sur elle repose la quête et l’approche du partenaire sexuel.

Habituer l’esprit à pratiquer et à cultiver la multidisciplinarité s’impose pour les chercheurs dans le domaine de la locomotion. Une discipline particulière est propre à tout domaine d’activité. Cette astreinte est une règle rigoureuse dans tout travail de connaissance où, bien involontairement, raison et passion se mêlent. La discipline est le gage de l’efficacité. Elle ne doit pas être une barrière d’intolérance empêchant contact et échanges avec d’autres disciplines. Les obligations qu’elle impose suscitent au contraire en réaction un besoin de liberté qui est satisfait en allant voir ailleurs. L’isolement scientifique est nuisible car l’homme seul est toujours en mauvaise compagnie! Rien n’est plus stimulant pour l’imagination d’un chercheur que de découvrir la discipline d’un domaine d’investigation étranger, des fertilisations croisées en résultent. Les méthodes d’étude de la fonction locomotrice sont si diverses qu’elles rendent aisée cette démarche exploratoire. Des aspects variés peuvent être pris en considération non seulement dans les techniques (neurologiques, biomécaniques, pathologiques, psychologiques....) mais encore dans les modèles animaux (vertébrés, invertébrés).

Maintenir la pensée de la physiologie, dans le champ de la curiosité expérimentale portée aux recherches sur la locomotion, est essentiel. L’étude approfondie de l’aspect particulier d’une action comportementale comme la locomotion exige de comprendre ce que signifie cette action pour l’individu et comment elle s’intègre dans sa vie et dans l’équilibre du monde vivant. Cette démarche intellectuelle fut remarquablement esquissée par Fernel qui créa le terme de Physiologie. Malheureusement elle tend à être oubliée sans doute parce que l’histoire préféra retenir, comme titre de gloire de cet homme illustre, le fait d’avoir soigné et guéri Diane de Poitiers ! L’objectif profond de la physiologie est d’étendre l’étude d’une fonction, au delà du jeu des organes responsables de son déroulement, vers les systèmes qui en assurent son contrôle et sa régulation pour la rendre profitable à la vie de l’individu. Une métaphore de Michel Jouvet illustre le bien fondé de cette conduite: la connaissance la plus parfaite des briques d’une cathédrale ne fournit, si tant est qu’elle le fasse, qu’une piètre représentation des qualités de l’édifice. Il faut donc que les merveilles des outils du vivant ne cachent jamais les prodiges des mécanismes qui en règlent les actions.

La SERMLO (1989-1993)

La SERMLO, association régie par la loi de juillet 1901, vit officiellement le jour le 20 décembre1989. François Clarac en fut le premier président. Il avait été élu dans cette fonction non pas seulement parce qu’il avait eu l’idée de cette association et avait oeuvré sans relâche 7 années durant pour sa création mais surtout parce qu’il donnait le meilleur exemple d’application dans ses recherches de l’esprit qui devait animer le groupe. Pendant ces 7 années d’efforts, dans son travail d’étude sur la locomotion, il avait en effet su changer de modèle animal. De celui que lui fournissaient certains crustacés décapodes il était passé à celui que lui offraient certains vertébrés apodes. En allant frapper à la porte du Muséum National d’Histoire Naturelle et travailler avec l’équipe de J.P. Gasc, il eut accès aux richesses de connaissance de ce groupe et à son intérêt majeur à l’égard des grandes diversités fonctionnelles des espèces. Il fut alors à même de comparer la locomotion complexe de l’écrevisse (Procambarus Clarkii, qui prêta à plaisanteries faciles) à la locomotion singulière du python. Il en retira une meilleure connaissance des mécanismes fondamentaux de la locomotion et des notions très concrètes sur l’unité de la vie.

Trois ans après sa naissance la SERMLO reçut son logo. Elle le dût à Didier Orsal dont l’imagination ne faisait jamais défaut. Ses commentaires accompagnant la présentation de l’icône étaient relevés de sel attique. Ils mettaient tout particulièrement en évidence, dans l’image, la porte largement ouverte permettant aux neuf athlètes d’entrer au pas de course dans le stade pour les compétitions. L’accès aisé sur la piste de compétition symbolisait la bienvenue que la SERMLO réservait aux chercheurs et aux idées attir_8es par les problèmes de la locomotion.

Le Club LOMORAM (1993 à )

La SERMLO eut l’occasion, un an après la remise du logo, de manifester son dynamisme adaptatif et son esprit d’ouverture. Lors de l’assemblée générale de Liège le 23-24 septembre 1993, Denise Viala, Présidente en exercice, qui s’intéressait depuis longtemps aux relations complexes établies entre le rythme respiratoire et le rythme locomoteur proposa d’élargir le champ d’intérêt de la société à l’étude des formes de motricité rythmique autres que la locomotion. En dehors de cette dernière activité, nombreux sont en effet, dans le monde vivant et chez des espèces très différentes, des rythmes moteurs d’une grande diversité. Malgré les facteurs d’extrême disparité ces rythmes soulèvent des problèmes physiologiques analogues. On constate aussi chez un même sujet des interactions entre rythmes fonctionnels différents. Ces faits laissaient penser que l’étude élargie des rythmes moteurs pourrait n’être pas dépourvue d’intérêt et apporter des éclairages nouveaux sur certains aspects de la fonction locomotrice. La SERMLO adopta la proposition de son Président. Elle dût par conséquent modifier ses statuts et changer son intitulé. Après le vote de l’assemblée générale elle devint la LOMORAM: Club de la Locomotion et des Motricités Rythmiques, Activités Multidisciplinaires. La nouvelle désignation a été officialisée le 12 avril 1994. La Locomotion reste toujours la colonne vertébrale de l’association; la multidisciplinarité en demeure le poumon; le Logo est inchangé. L’esprit convivial, éducatif, ouvert qui caractérisait feu la SERMLO est toujours vivant. Si le sigle du Club s’est allongé la cotisation n’en est pas pour autant devenue plus lourde; elle reste la même, toujours modeste (Membres titulaires:100 F, Membres étudiants: 50F). L’histoire de la jeunesse du Club Locomotion peut être arrêtée au 12 Avril 1994 car depuis 6 ans la forme de ce groupe humain semble relativement stable. Sa forme, faut-il préciser, mais non son esprit qui apporte constamment des preuves de son développement. Les lignes précédentes ne sont donc qu’un tableau inachevé en attente des couleurs de l’âge adulte. Cependant, pour l’instant, il faut provisoirement conclure et ce n’est point chose aisée. L’un des pères fondateurs du Club Locomoteur, compagnon dynamique par excellence: J. Pailhous posa le vendredi 22 Novembre 1985, à la réunion de Marseille, une question insolite: Que se passe-t-il lorsque la tête marche plus vite que les pieds? Cette interrogation, amusante mais très scientifique lorsqu’on laisse la chute aux rieurs, est providentielle pour qui veut ici et maintenant conclure. Elle apporte la clef d’une solution difficile à trouver: Faire marcher l’esprit du Club Locomotion plus vite que le corps qui le supporte. Alors que ce dernier est en route vers son destin, le 12 Avril 1994, au moment où se termine son enfance, il pense déjà à la profession de foi qu’il proclamera, le 18 Décembre 1995, par les plumes conjointes de Sabine Renous et de Didier Orsal, Secrétaire et Président en exercice du Club: “ Vous qui finissez de lire l’histoire de mon enfance, qui vous intéressez de près ou de loin à la locomotion, pourquoi sans attendre ne viendriez-vous pas vous joindre à nous et par votre adhésion accroître notre potentiel d’esprit et de connaissance? ”

Paul Bessou.

Membre fondateur du club locomotion